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LES AMIS DU MUSEE de BETHUNE
et de L'ESTRACELLES A BEUVRY




ART CONTEMPORAIN (1) 1945 - 1960

Lorsque Nicole Lelong me propose,il y a quelques mois, d'inclure dans le bulletin de notre association quelques articles visant à fixer des repères dans la chronologie de l'art contemporain, j'avoue m'être sentie « débordée » par la durée et la complexité de la période à observer. J'ose néanmoins me jeter dans l'aventure en précisant qu'aucun article ne vaudra jamais la confrontation à l'œuvre, sa mise en relation avec les écrits de l'artiste(s'ils existent) et des critiques, sans négliger l'excellent exercice d'échange de points de vue des spectateurs(souvent diamétralement opposés),comme les Amis du Musée de Béthune le pratiquent,par exemple, lors de nos visites à Lab-Labanque.

Dans l'esprit du grand public, il existe souvent une confusion entre « art moderne » et « art contemporain ». L'art moderne commence au début du XXe siècle pour s'achever à la fin de la deuxième guerre mondiale. L'art contemporain va de 1945 à nos jours. Cependant,certains historiens d'art préfèrent faire commencer cette période en 1960 (avec le Pop-Art et le mouvement Fluxus), estimant que les productions de 1945-1960 constituent plutôt une transition entre art moderne et art contemporain. Par ailleurs,on réserve l'expression « art actuel » ou « art vivant » à l'art en train de se faire au plus près de nous.

Je ne peux, dans cet article si resserré, m'étendre sur l'ambigü;ité de l'appellation "art contemporain" qui court maintenant sur plus d'un demi-siècle. Une question semble cependant incontournable:
              - Toutes les productions contemporaines appartiennent-elles à l'art contemporain? Autrement dit, la notion de "contemporain" est-elle strictement historique ou essentiellement esthétique : choix de formes, de matériaux, de lieux, de démarches expérimentales?

La deuxième option paraît s'imposer, et il nous appartiendra de la mettre à l'épreuve lors de nos prochaines sorties

La richesse et la diversité de l'art contemporain ne sont pas synonymes de chaos. L'étude de la création artistique de la seconde moitié du XXe siècle révèle, en effet, des thèmes et courants majeurs. Les courants les plus éloignés de nous sur l'échelle chronologique bénéficient maintenant de la mise à l'épreuve du temps, et les nombreuses expositions qui les ont présentés puis célébrés nous les rendent à présent familiers et accessibles. Dresser ici une liste des courants ayant produit entre 1945 et1960 serait inutile puisqu'elle peut être consultée dans des petits ouvrages de divulgation au département « Art » de la médiathèque.Dans ce bref exposé, il me semble plus utile de dégager les faits domimants qui ont marqué l'époque.

1) Emergence de New York

Le changement capital est sans conteste l'arrivée des Etats Unis, plus exactement de New York,au premier plan de la scène. Cette émergence ne signifie pas pour autant le déclin de l'Europe et de sa capitale artistique Paris dont l'attraction et le rayonnement restent forts. Dans les années qui suivent la fin de la guerre,la concentration de jeunes artistes de toutes nationalités à Paris est spectaculaire et permet d'expliquer l'éclosion des nouvelles tendances qui ne vont pas cesser de se manifester à côté des grands maîtres : Matisse, Picasso, Léger, toujours vivants et plus actifs que jamais. Dans la profusion des tendances qui se font jour,l'abstraction s'affirme et se diversifie.


2) Dominance de l'Abstraction géométrique en Europe.

L'Abstraction géométrique est un mouvement historique né bien avant la seconde guerre mondiale. S'il continue à être ignoré par les institutions, il va bénéficier de la multiplication des galeries (galerie Denise-René,galerie Colette-Allendy), ainsi que du développement des salons et revues .Le rôle du salon des Réalités Nouvelles,créé en 1946, sera primordial.

S'il ne faut retenir qu'un seul artiste de ce grand mouvement, celui du nordiste Auguste Herbin (1882-I960)se justifie. Déjà au sommet de son art en 1930 , il met au point son « alphabet plastique », appliqué à des œuvres complexes et épurées, marquées par la puissance de leur harmonie. GrÂce à une méthode établissant des correspondances entre différents modes de codifications (lettre,forme géométrique simple,couleur,note de musique) Herbin crée des compositions picturales à partir des mots. Ses œuvres,à la fois rigoureuses et ouvertes, ouvrent la voie à la génération nouvelle.


herbin

Auguste Herbin,Matin 1,1952.

Le musée Matisse du Cateau-Cambrésis, qu'il nous est facile de visiter en voisins, possède un important fonds permanent de cet illustre peintre nordiste né à Quiévy et de sa parente et élève Geneviève Claisse. « Joie », le grand vitrail visible à droite en entrant par la grille du musée est également l'œuvre d'Herbin.

Si l'Abstraction géométrique est partout présente, véhiculée par des artistes tel Del Marle, Dewasne, Arp, Domela, Magnelli, Van Dœsburg, Aurélie Nemours, Morellet,l 'américain Ellsworth Kelly, d'autres tendances de l'abstraction trouvent du souffle pour se développer et décliner des orientations nouvelles succintement décrites ci-dessous.

3) Le geste créateur:naissance de l'Abstraction lyrique.

grand dauphin

Georges Mathieu,Le Grand Dauphin,1960.

L'expression est employée pour désigner, en opposition à l'Abstraction géométrique, la tendance à l'expression directe de l'émotion individuelle. Hartung, Mathieu, Degottex et Soulages en sont les grands représentants. C'est la naissance d'une peinture abstraite oú le geste engendre un graphisme expressif et libre provoquant un impact émotionnel sur le spectateur. L'absence de préméditation ni des formes ni des gestes, la nécessité d' un état second de concentration et la primauté accordée à la vitesse d'exécution réduisent (dans le bon sens du terme) l'œuvre, à une monumentale page d'écriture.

4) La matière créatrice:naissance de l'Art informel.

Le terme « informel » puis « art autre » introduit par le critique Michel Tapié au début des années 50 désigne un type de peinture pratiquée en France par des artistes que la guerre a profondément marqués (on pense alors à Wols et à Fautrier et sa terrible et superbe série d' « Otages » L'informel ramène l'art à un pur acte faisant surgir la forme de la matière. La peinture explore alors des effets de matière complexes,des transparences chromatiques,des formes indéterminées ,détachées de toute représentation. Sa matière triturée, griffée, témoigne souvent d'une souffrance intérieure et Jean-Paul Sartre y verra une traduction plastique de l'existentialisme.

5) L'Art brut: en vedette à Villeneuve d'Ascq.

Le musée de Villeneuve d'Ascq réouvre ses portes en 2010. Agrandi et rénové, il s'appelle maintenant LaM (Lille métropole musée d'art moderne d'art contemporain et d'art brut). Déjà très riche d'importantes donations, il accueille un fonds exceptionnel d'art brut (donation de l'Aracine en 1999), qui a motivé son agrandissement. L'art brut a été initié dès 1949 par Jean Dubuffet. Il prend en considération un art « autre »,présentant un caractère spontané et fortement inventif , généré par des personnes obscures, souvent aculturées (travaux d'aliénés) et toujours étrangères aux milieux artistiques professionnels.

6) New-York:l'invention de l'Action Painting.

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namuth

Photographie de Hans Namuth,1950.

L'exode vers les Etats-Unis de la quasi totalité du puissant groupe européen des Surréalistes pour échapper à la guerre en Europe, et la conscience nouvelle du leadership mondial américain à la fin de la guerre vont favoriser l'émergence de l'Expressionnisme abstrait qui va exploser à New-York.

Un de ses courants sera connu sous le nom d'Action Painting,dont le chef de file Jackson Pollock, au cours de sa vie brève et tourmentée, envisagera la peinture à partir d'une démarche et de techniques nouvelles. Pour la première fois, les artistes suppriment la connection entre l'art et le mental .Ils envisagent la peinture comme une pure confrontation sans intermédiaire entre le support et le tréfonds de leur être,de leur inconscient. La toile enregistre,sous forme d'un réseau de signes l'acte même de peindre.

Ce document photographique représentant Jackson Pollock en train de peindre, renseigne avec précision sur son processus de création, dérivé de recherches antérieures des Surréalistes européens.

•     La toile libre (dépourvue de cadre) est déroulée à même le sol. Le plan de travail traditionnellement vertical dans la peinture de chevalet passe au plan horizontal.

•      Les signes ne sont plus produits par le seul bras mais par le corps tout entier qui fait intrusion sur la toile même.

•      Jackson invente le « dripping », de l'anglais to drip=égoutter ou s'égoutter. Il s'agit de dégoulinades ou de jets de peinture souvent industrielle, faits avec un pinceau,ou des boîtes au fond plus ou moins percé de trous. Ce procédé génère un entrelacs de lignes fluides créant un ré seau, une sorte de résille qui annule toute idée de profondeur donc de perspective.

•      La toile est chargée de signes aussi bien au centre que sur ses pourtours,imposant donc le terme intraduisible de « all-over ».

En résumé, le tableau se transforme en une vaste arène ou le bras de l'artiste, tel un sismographe,enregistre sur la totalité de sa surface toutes les pulsions de son corps.

number

Jackson Pollock,Lavender Mist:Number 1,1950

Il est évident que les innovations de Pollock ne résument pas à elles seules toutes les recherches menées par la jeune école de New-York. J'ai pleinement conscience de l'aspect caricatural de ce survol qui tronque la diversité et la subtilité des démarches que j'ai abordées,et passe sous silence d'autres que j'ai dû taire faute de place : le color field américain,par exemple,et en Europe le Paysagisme abstrait qui mène une expérience sensible du réel, le groupe international CoBrA qui tente de contrer les normes esthétiques européennes en vigueur. Je n'ai pas abordé la figuration d'après-guerre dont les représentants, s'ils sont isolés, produisent cependant des œuvres plébiscitées « par le grand public,ni les premiers monochromes de Klein, de Fontana ou de Manzoni.
Ces grands « trous » dans la période 1945-1960 semblent pourtant faciles à combler.Un « fou d'art », Gilbert Delaine, a collectionné des centaines d'œuvres de 1950 à 1980. Elles sont accrochées aux cimaises du LAAC (Lieu d'art et d'action contemporaine de Dunkerque), musée que le collectionneur a réussi à faire sortir de terre au milieu d'un magnifique jardin de sculptures.
Le LAAC est à une bonne heure de route de Béthune, la mer à trois minutes du musée, le musée gratuit le premier dimanche de chaque mois, alors ne serait-ce pas un joli but de sortie pour bientôt?>

Nicole SECQ





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