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LES AMIS DU MUSEE de BETHUNE
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Conon de BÉTHUNE

Note 1- Le nom de Conon, qui ne semble plus usité de nos jours, a été illustré dans l’Antiquité grecque par deux hommes célèbres : Conon d’Athènes, général qui participa à la guerre du Péloponnèse, et Conon de Samos, mathématicien et astronome, qui découvrit la chevelure de Bérénice. Ses variations orthographiques ont donné Quesne ou Quesnon, que l’on retrouve dans certaines sources

Note 2- Bérénice, épouse du pharaon Ptolémée III, sacrifia à Vénus sa belle chevelure en échange du retour victorieux de son époux. Quand sa chevelure disparût du temple, Conon, aussi bon courtisan qu’astronome, et qui venait de découvrir une nouvelle constellation, expliqua que l’offrande avait tellement plu à la déesse qu’elle l’avait placée dans les cieux.


Chevalier-Trouvère du Moyen-Âge, l’un des premiers et plus importants poètes de l’époque. Lorsqu’on recherche dans l’histoire des documents le concernant, on n’y retrouve pourtant guère le portrait du trouvère courtois ou satirique qu’il fut, mais surtout celui de l’homme d’état et du guerrier qu’il fut également On ne peut séparer l’homme de son œuvre, mais il faut remarquer le singulier contraste entre le poète amoureux de ces chansons et l’intrépide guerrier des croisades. .

BIOGRAPHIE

Conon de BÉTHUNE naît vers 1150, cinquième fils de Robert V le roux , seigneur de Béthune et d’Adélaïde de Saint-Pol. Ses frères se nomment

1. Robert VI, qui hérite de la seigneurie en tant qu’aîné, mort sans postérité en 1193, laissant la seigneurie à son cadet,
2. Guillaume le roux, qui épouse Mahaut de Tenremonde, la seigneurie passant ensuite à ses héritiers,
3. Baudouin , devenu duc d’Aumale en 1196 par son mariage avec Hedwige d’Aumale (par qui il entra dans la parenté de Guillaume le conquérant), qui se mit au service d’Henri II Plantagenêt, puis de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre et qui fut chargé de remettre la rançon de Richard à l’Empereur d’Allemagne
4. Jean, évêque de Cambrai et prince d’Empire en 1200, mort en 1219 lors de la Croisade contre les Albigeois
Viennent ensuite Anselme (ou Anseau) et Barthélemy, ce dernier appartenant à l’ordre des Frères Mineurs..

Ses sœurs :

- Mathilde, mariée à Gauthier de Bourbourg, puis en secondes noces à Hugues de Houdain
- Clémence, qui épousa Baudouin de Bourbourg
- Marguerite

Depuis son grand-père, Guillaume 1er qui a épousé Clémence d’OISY, fille d’Ade de Hainaut, la famille de Béthune est apparentée à la maison comtale de Hainaut et de Flandre et donc à Beaudouin IX de Flandre, premier empereur français de Constantinople. Cette parenté contribuera certainement à le désigner pour les hautes dignités qu’il remplit lors de la quatrième croisade .

On sait peu de choses de sa jeunesse, sinon qu’il a pour « maître » comme il le dit dans une de ses chansons son parent Huon (ou Hugues) d’OISY, l’un des premiers à avoir cultivé dans le nord la poésie méridionale des troubadours dont il lui transmet les secrets.

On trouve par ailleurs la trace de Conon dans deux chartes de 1181 et 1182 signées par Robert V Le Roux et ses enfants, chartes portant sur deux donations.

D’après l’un de ses poèmes, sa première apparition à la cour du roi de France se fait lors du mariage de Philippe II et de Isabelle de Hainaut en 1180 où il chante ses chansons devant Marie de Champagne qui deviendra la dame de ses pensées . Par la suite, il réside soit à la cour de Philippe-Auguste, soit et plus souvent à celle du comte de Champagne, cour qui, à l’instigation de la comtesse Marie, est alors le rendez-vous préféré des ménestrels.

Note 3 - Marie de Champagne, fille de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine, l’une des rares femmes à maîtriser le latin, est l’instigatrice des fameuses "Cours d’amour" prônant l’amour courtois ou Fin’amor. Elle a inspiré à Chrétien de Troyes " le Chevalier à la charette", liaison impossible et tragique de Lancelot et Guenièvre

En 1190, Conon participe à la troisième croisade avec Philippe-Auguste, en même temps semble-t-il , que son frère Baudouin qui accompagne lui, Richard Cœur de Lion . Il est vraisemblablement revenu prématurément avec Philippe-Auguste en 1191, puisqu’il est blâmé avec véhémence par Huon d’Oisy dans la chanson « Maugré tous sains et maugré Dieu aussi ».

En 1194, il figure avec ses frères Guillaume, Baudouin et Jean dans l’acte de mariage de sa nièce Béatrice de Bourbourg avec Arnould de Guines. Il est à noter que dans l’histoire des comtes de Guines, Conon figure lors du récit de cet acte immédiatement après le chef de famille Guillaume, et avant ses frères aînés Baudouin comte d’Aumale et Jean, d’où on pourrait conclure qu’il est déjà à cette époque considéré comme un homme d’une grande importance.

Le 23 février 1200, Baudouin, comte des Flandres, prend la croix à Bruges avec sa femme, son frère, son neveu, Guillaume de Béthune et Conon, ainsi qu’une foule d’autres chevaliers.. Les croisés donnent alors à une commission spéciale pleins pouvoirs d’arrêter en leur nom les conditions pour leur transport en Palestine. Conon fait partie des six négociateurs et son éloquence, sa sagesse et sa chevalerie sont loués par Geoffroi de Villehardouin qui fait également partie de la commission et dit de lui « Bon chevalier et sage estoit et bien eloquens »… Conon a du être à la tête des négociateurs puisque, dans le traité signé à Venise avec le doge Dandolo, son nom figure en tête des six croisés..

Il revient ensuite en France et en 1202, son nom figure avec son sceau (personnage à genoux faisant hommage à sa dame avec au dessus de la tête le mot "merci") sur l’assignation d’acceptation d’une rente à Bruay. Par deux autres chartes on voit qu’il possède aussi la seigneurie de Bergues, ainsi que celles de Ruilly et de Chamecy.

On le retrouve lors de l’arrivée de la croisade devant Constantinople, où il devient l’orateur des croisés : il est chargé, par les barons et le doge de Venise, de répondre à l’injonction du vieil empereur Alexis qui somme les croisés de quitter ses terres, puis ultérieurement, d’admonester son neveu, le jeune empereur Alexis (que les croisés avaient placé sur le trône, et qui faisait mine de ne pas tenir ses promesses).

Conon est présent lors de la seconde prise de Constantinople en 1204, et, lorsque Baudouin de Flandre devient empereur, il est nommé grand-maître de la garde-robe impériale. et assiste en cette qualité au couronnement. Conon devient l’un des hommes de confiance de l’empereur qui lui confie la garde de Constantinople lorsqu’il part en campagne, et le nomme, avec le Doge de Venise, le comte de Blois et Villehardouin, maréchal de Champagne, dans une commission chargée de juger un litige avec le roi de Thessalonique.

Outre ses talents de négociateur et d’orateur, Conon est aussi un valeureux guerrier : il s ‘illustre dans plusieurs faits d’armes et prend part à la prise d’Andrinople (ville de Turquie aujourd'hui Edirne) dont il est nommé gouverneur. On trouve dans le martyrologe de l’Abbaye de Chocques la mention d’un Baudouin de Béthune, roi d’Andrinople, qui pourrait être un fils de Conon ayant hérité de la dignité de son père.

Après 1209, on n’a que peu de renseignements sur la vie de Conon. Après Baudouin, il sert fidèlement ses successeurs : d’abord son frère Henri, puis son beau-frère Pierre de Courtenay auquel succède, quand ce dernier est fait prisonnier, sa femme Yolande de Hainaut (sœur de Baudouin et d’Henri) : en sa qualité de sénéchal , elle confie le gouvernement de l’Empire à Conon. A la mort de Yolande en août 1219,, les barons nomment Conon régent de l’Empire mais il mourut peu après à Andrinople, le 17 décembre 1219 ou 1220. La date du 17 décembre est indiquée dans le martyrologe de Saint-Barthélemy de Béthune . Quand à l’année, c’est une lettre du nouvel empereur Robert de Courtenay du 15 juin 1221 qui semble indiquer que Conon est mort à cette date : il parle en effet de « bonae memoriae dominum Cononerm » : or l’épithète bonae mamoriae n’est en général donnée qu’à des personnes défuntes.

On peut supposer selon certaines chroniques que Conon eut des fils : peut-être un « Conon le jeune », et Baudouin roi d’Andrinople déjà cité. On connaît en outre le nom de ses filles: Ricarde et Aléis nommées sur des chartes conservées aux archives de Lille, mais de sa femme on ne sait rien. Les biens qu’il possédait en Flandre sont sans doute passés aux mains de son neveu Robert, car dans une charte de 1215, ce dernier s’intitule "bail" et héritier de son oncle Conon.

Voilà tout ce que l’histoire nous apprend du chevalier-poète, mais cela suffit à confirmer ce que Villehardouin disait de lui : « bon chevalier et sage estoit, et bien eloquens »

POÉSIES

Seules 14 pièces de poésie attribuées à Conon nous sont parvenues, dont quatre sont d'attribution douteuse. Ses poésies sont écrites pour être chantées : la notation musicale de dix d'entre elles nous est parvenue.

Il célèbre les thèmes traditionnels de l'amour courtois sur un ton gracieux ou ceux de la croisade dans un registre véhément (en particulier une satire attaquant ceux qui s'approprient les fonds rassemblés pour financer ces croisades : Bien me deüsse targier). .

C'est lui qui introduit dans le cycle courtois l'image souvent reprise du croisé quittant celle qu'il aime (Ah! Amours , com dur departie).

Les poésies de Conon de Béthune sont adressées aux Dames de la cour, et non aux moins élevées. La comtesse Marie de Champagne reçoit la première l'hommage de ses chants; puis la reine Alix, veuve de Louis VII, qui veut l'entendre, mais il a peu de succès cette fois. La reine, qui se pique elle-même de poésie, trouve aux vers du gentilhomme artésien un certain «goût de terroir-».Ce qui lui cause le plus de peine, c'est que reproche lui est fait de ses mots d'Artois devant la dame de ses pensées.

A l'époque déjà, le françien commençait à s'imposer au détriment des autres dialectes de langue d'oïl .

Il raconte sa mortification en ces termes :

"... mon langage ont blâmé les François,
et mes canchons oyant les Champenois,
et la comtesse encor, dont plus me poise.
La Roïnee n'a pas fait ke courtoise,
ki me reprist, ele et ses fieus, li Rois.
Encoir ne soit ma parole franchoise ;
s'ils m'ont repris se j'ai mos d'Artois,
car je ne fui pas norris a Pontoise."

Liste des chansons de Conon de Béthune (manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France):

1.Chançon legiere a entendre

2.Si voirement con cele don je chant

3.Mout me semont Amors que je m'envoise

4.Ahi! Amors, com dure departie

5.Bien me deüsse targier

6.Se raige et derverie

7.Bele doce dame chiere

8.Tant ai amé c'or me convient haïr

9.L'autrier un jor après la Saint Denise

10.L'autrier avint en cel autre païs


Sources : Chansons de Conon de Béthune, par Alex WALLENSKÖLD Imprimerie centrale de Helsingfors 1891

Gilbert DENELE





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