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LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ
Une conférence de Martine VALDHER
Professeur d'Histoire Antique à l'Université d'Artois
le 20 février 2012 au Théâtre de Poche - BÉTHUNE

Dans notre imaginaire collectif l'image de la femme de l'Antiquité se résume souvent à quelques clichés : la belle reine égyptienne Néfertiti, la beauté idéale de la Vénus de Milo ou la Gauloise Bonemine femme autoritaire du chef du village d'Astérix.

Quelle est la réalité historique ? Qui étaient ces femmes, nos ancêtres antiques ? Toutes différentes en fonction des époques et des civilisations, elles sont surtout différentes des idées reccedil;ues, certaines assujetties aux hommes, et d'autres dont on peut encore aujourd'hui envier la liberté.

Notre voyage se fera au travers de 4 civilisations antiques : l'Egypte pharaonique, les cités grecques, Rome et les peuples celtes(Ce n'est pas exhaustif : il existe des civilisations plus anciennes, comme celle de la Mésopotamie par exemple, ou différentes comme les sociétés perse ou phénicienne, mais j'ai volontairement choisi celles que nous croyons tous, souvent à tort, bien connaître.) . Ces quatre exemples seront pris chronologiquement, afin de démontrer la fausseté d'une autre idée reccedil;ue, celle de la société humaine qui progresserait régulièrement en emmenant l'homme de l'obscurantisme vers le progrès. Cette conception fausse de l'histoire nous vient des penseurs du XIXe siècle persuadés que le progrès technique entrainait le progrès humain.

L'exemple de la place des femmes dans les sociétés antiques montre que le progrès ne dépend ni d'une époque ni d'une évolution régulière de la société.

L'EGYPTE

En Egypte les femmes sont les égales de l'homme, elles travaillent et les filles vont à l'école. Elles peuvent intervenir librement au cours de procès ou d'actes légaux, aussi bien en tant que plaignante, témoin ou accusée. A la mort des parents tous les enfants, garccedil;ons et filles, reccedil;oivent une part égale de l'héritage, sauf testament enregistré. Tous les grands musées du monde exposent des œuvres d'art égyptiennes, souvent stèles funéraires, montrant le couple assis côté à côte et échangeant des gestes de tendresse. Même le pharaon Akhenaton et sa femme Néfertiti sont souvent représentés ainsi, prodiguant des gestes de tendresse à leurs filles.

Nous avons des sources écrites nombreuses grâce aux trouvailles des égyptologues, et leur étude permet de constater que les Egyptiennes savent lire et écrire et peuvent mener une vie professionnelle. S'il existe beaucoup d'ouvrières et d'artisanes, les postes importants ne leur sont pas fermés non plus. Elles ont même accès aux carrières administratives et aux postes à responsabilité. Ainsi l'histoire garde le souvenir de la « Dame Pésèshet », directrice des femmes médecins pendant la IVe dynastie, et de « Dame Nébet », vizir au cours de la VIe dynastie. Donc les femmes égyptiennes peuvent être médecins mais surtout peuvent être vizir, c'est-à-dire le personnage politique le plus important juste après Pharaon. Une sorte de premier ministre avec des pouvoirs très étendus. A partir des inscriptions et papyrus retrouvés la grand égyptologue disparue récemment, Christiane Desroches-Noblecourt, a relevé les exemples suivants : il existe des femmes scribes, intendantes, chef du département des magasins, contrôleur des magasins royaux, inspecteur du trésor, trésorière, intendante des prêtres, responsable des domaines funéraires, majordome des appartements royaux, secrétaire, responsable du sceau (ce qui correspond à notre « garde des sceaux », ministre de la justice). La traduction de documents nous permet souvent d'appréhender la réalité des situations : ainsi une lettre adressée au scribe de la nécropole, Nes-Aménipet, par sa femme Henouttaouy. Elle raconte comment à la demande de son mari elle a supervisé l'arrivée de deux bateaux apportant du grain destiné à la rétribution des ouvriers de la ville de Thèbes. Pendant les opérations de déchargement, elle constate la disparition de plusieurs sacs. Henouttaouy a l'habileté de ne pas accuser les marins, mais dirige une enquête afin d'identifier les coupables. Ce qui est intéressant dans cet exemple n'est pas l'anecdote ou l'enquête policière, mais le fait que personne ne conteste la légitimité de l'intervention d'Henouttaouy. Ce qui indique qu'il ne s'agit sans doute pas d'un exemple isolé.

Car l'Egyptienne n'est pas soumise toute sa vie à son père, son mari ou son fils, et la célibataire garde son autonomie juridique et financière, indépendance que les Grecs, contemporains de la fin de la civilisation égyptienne, considéraient comme immorale. Quand l'Egyptienne se marie, elle a le choix de son époux. Elle doit avoir l'accord de ses parents mais ceux-ci n'ont pas le droit de lui imposer un prétendant. En cas de désaccord l'avis de la jeune fille prévaut. En Egypte antique le mariage n'est pas considéré comme un sacrement, et il n'y a aucun rituel. Les fiancés échangent deux formules : « tu es mon mari », « tu es ma femme » et c'est tout. En cas de divorce, s'il y a adultère avéré, les pénalités sont identiques pour les deux : perte des biens acquis durant le mariage. Dans ce cas la seule chose qui soit jugée comme cause de divorce est que l'un ou l'autre aient eu des relations sexuelles avec des gens mariés.

La religion illustre également le statut de la femme : dans la mythologie égyptienne c'est un homme, Seth, qui commet le péché originel, et l'humanité est sauvée par une femme, Isis. La déesse Isis est la plus populaire des divinités, et le restera bien après la disparition de la civilisation égyptienne, puisque les Romains l'adopteront également. C'est elle que les Romains, bien avant l'avènement du christianisme, appelleront « Notre Dame ». Dans la religion égyptienne l'équilibre cosmique, la vérité et la justice sont également symbolisées par une femme, fille bien-aimée du grand dieu Rê : Maat, qui pèse les âmes des défunts à leur mort.

Enfin, dernier point : les femmes ont aussi été pharaon (c'est-à-dire régnant seule) et reines (partageant le pouvoir). On en connait plusieurs exemples, mais qui devaient être plus nombreux car pour les Egyptiens la légitimité découle autant de la lignée féminine que de la lignée masculine. Cet élément explique les mariages royaux symboliques frère-sœur, ainsi que la nécessité pour le nouveau souverain lors d'une usurpation du pouvoir d'épouser la sœur, la fille ou la veuve du pharaon précédent. Dès le début de l'histoire de l'Egypte, le troisième pharaon de la 1ere dynastie est une femme : Mérit-Neït. On trouve ensuite la célèbre Nitocris (ce qui veut dire « la blonde aux joues roses »), pharaon de la 6eme dynastie et Sobek-Néphérou (12eme dynastie). L'apogée de la civilisation égyptienne se situe pendant la 18eme dynastie, période de grande prospérité et rayonnement, marquée par le règne d'Hatshepsout, certainement la pharaon la plus importante et la plus célèbre. La même dynastie est celle de Néfertiti, épouse du pharaon Akhenaton, qui a régné avec son mari puis a régné seule après la mort de celui-ci. Plus tard (19eme dynastie) on relève le nom de la pharaon Taousert. A ces noms il faut ajouter un nombre important de régentes. La célèbre Cléopâtre, quant à elle, si elle est bien souveraine légitime d'Egypte n'est pas Egyptienne, mais Grecque, car à son époque (1er siècle avant J.-C.) il y a plusieurs siècles déjà que l'Egypte pharaonique s'est éteinte.

LA GRÈCE ANTIQUE

La Grèce de l'Antiquité n'est ni un Etat ni un pays, mais un ensemble d'Etats indépendants, cités (polis) ou monarchies. Ces petits Etats sont indépendants les uns des autres mais unis par leur culture, leur langue et leurs dieux, ce qui recouvre aussi des situations sociales et politiques diverses. On verra ici deux cités grecques au sein desquelles la femme joue un rôle complètement différent. Comme la plupart des documents antiques qui nous sont parvenus sont d'origine athénienne, c'est la femme athénienne qui est la mieux connue, mais on ne peut affirmer qu'elle soit le modèle général, et le cas de Sparte le montrera.

La petite fille athénienne reste chez elle auprès des femmes de la famille (mère, grand-mère, esclaves, nourrice) avec qui elle apprend la cuisine, le travail de la laine, le tissage et les rudiments de la lecture et du calcul. La musique fait partie des fondamentaux enseignés à tous les citoyens, les Grecs estimant que l'harmonie assure l'équilibre du monde. Elles sortent peu, sauf pour les cérémonies de la cité, sacrifices, processions, participations aux chœurs. Dans certaines familles un maître peut être employé pour parfaire l'enseignement littéraire et musical des jeunes filles. On connait l'existence d'instituts d'éducation pour jeunes citoyennes bien nées mais ils sont extrêmement rares. C'est le cas de celui de la poétesse Sappho.

La jeune citoyenne athénienne se marie très jeune, vers 15 ans alors que son époux attend en général d'avoir 30 ans. L'époux est sensé continuer l'éducation de la jeune épousée, comme l'exprime Xénophon dans le dialogue suivant :

« J'aimerais beaucoup que vous me disiez, Isomachos, si vous avez appris vous-même à votre épouse à devenir le genre de femme qui convient, ou bien si elle savait déjà comment s'acquitter de ses devoirs avant que vous ne l'enleviez à ses père et mère pour en faire votre épouse ?

« Qu'aurait-elle bien pu savoir quand je l'ai prise pour femme, Socrate ? Elle n'avait pas 15 ans quand elle est venue chez moi, et avait passé ses années antérieures sous étroite surveillance, de faccedil;on à ce qu'elle voit, entende et parle le moins possible. » (Xénophon, Economique.)

Les mariages ont généralement lieu l'hiver durant le mois de Gamelion (janvier pour nous), 7eme mois de l'année pour les Grecs, consacré à Héra, divinité protectrice du mariage. Le jour de la cérémonie, les maisons de la famille de l'épouse et de son mari sont ornées de guirlandes de feuilles d'olivier et de laurier. La première étape importante est la signature du contrat qui doit fixer le montant de la dot de la jeune fille et les sacrifices aux Dieux. Elle n'a pas choisi son mari qui est imposé par la famille, elle se prépare chez elle entourée de ses amies et aidée d'une femme mariée, la Nympheutria, et souvent ne rencontre son mari pour la première fois que lors du banquet de noce. Le repas de noce est composé de mets traditionnels comme les gâteaux de sésame, gages de fécondité. On chante en l'honneur d'Hymenaos dieu du mariage et on offre des cadeaux. Puis un cortège se forme pour conduire la mariée à sa nouvelle demeure. A son arrivée on répand sur elle des noix et des figues, rituel d'accueil qui n'est pas spécifique au mariage mais qui est pratiqué couramment à l'entrée des visiteurs, et même lors de l'arrivée de nouveaux serviteurs et esclaves. Le présent particulier qu'elle reccedil;oit en entrant est symbolique : un coing ou des dattes, symboles de fertilité. Pendant que le couple s'est retiré dans la chambre nuptiale, la maison est gardée par les amis du mari qui chantent font du bruit afin d'éloigner les mauvais esprits. C'est le lendemain, dont après consommation du mariage, que la famille de la mariée apporte les cadeaux et surtout vient remettre la dot promise. Car la dot est la marque sociale de la femme athénienne, elle est aussi la condition indispensable de son existence dans la société. Un citoyen n'épouse pas une citoyenne sans dot, ou alors comme concubine officielle, mais non comme épouse. L'Athénienne n'est pas propriétaire de sa dot mais le mari ne possède pas non plus la dot de sa femme, il en est le dépositaire et n'en hérite pas, elle doit revenir au fils. En cas de divorce, la famille de l'épouse récupère la dot qui sera donnée au nouveau mari, s'il y a lieu. Tous les auteurs classiques montrent une Athénienne éternelle mineure, restant toute sa vie sous la dépendance d'un homme (le kyrios), son père, son époux, son fils ou un parent proche. Si une jeune fille est épiclère, c'est-à-dire seule héritière des biens de sa famille en l'absence de tout frère ou père, la loi l'oblige à épouser son plus proche parent. Car le rôle de la citoyenne est de continuer la famille en lui donnant une descendance légitime, les enfants devant prendre soin des parents âgés et perpétuer le culte familial. Les enfants doivent être légitimes et la loi punit sévèrement l'adultère féminin. En cas de flagrant délit, le mari peut tuer l'amant et a l'obligation de répudier sa femme, sous peine de privation de ses droits civiques. Il est remarquable qu'en grec ancien le mot « adultère » n'existe pas pour les hommes. A part procréer, la femme athénienne a un autre rôle, celui de faire fructifier et gérer l'oïkos. Ce mot signifie la maison au sens large, c'est-à-dire les biens et les gens habitant sous le même toit. Gérer la maison et la famille s'appelle donc en grec : oïkonomia, dont nous avons fait notre mot économie.

Florilège de quelques témoignages :

« On vous tiendra en haute estime si vous ne vous montrez pas inférieures à votre nature de femme et si vous vous conduisez de telle sorte que les hommes parlent de vous le moins possible, soit pour vous louer, soit pour vous critiquer. » (Thucydide, La guerre du Péloponnèse, II, 45.)

« La vie d'un seul homme, sous le soleil, est plus précieuse que celle de milliers de femmes. » (Euripide, Iphigénie à Aulis.)

« Tant que je vivrai, une femme n'aura jamais le pouvoir! S'il faut périr, mieux vaut tomber sous la main d'un homme, que d'être appelé inférieur à une femme. » (Sophocle, Antigone.)

« Mais qui dira l'audace sans bornes de l'homme et les amours effrénées des femmes au cœur impudent et les malheurs qui en sont inséparables. L'amour en délire qui s'empare des femelles détruit l'union des couples chez les bêtes et chez les hommes. » (Eschyle, Les Choéphores.)

Il est utile de constater un paradoxe évident entre ce que tout le monde croit savoir de la civilisation grecque antique (époque de la floraison d'un art de la mesure et d'un idéal de beauté, époque des grands philosophes et des grandes idées politiques comme la démocratie) et la réalité quotidienne d'une civilisation qui manifeste peu de considération pour les femmes. Dans les cités grecques toutes les formes d'expression sont masculines : ce sont les hommes qui font parler les femmes dans les textes. Au théâtre, ce sont des hommes qui jouent le rôle des femmes, avec un masque et une robe. Les auteurs grecs multiplient les critiques sur la nature physique et physiologique des femmes. Les médecins comme le célèbre Hippocrate, affirment la suprématie du masculin considéré comme « sec, musclé et ferme » sur le féminin « humide, mou et poreux », et expliqueny la naissance des filles comme la conséquence de la corruption du sperme par les « humeurs » du corps féminin. Tout ceci explique que pour l'homme grec c'est la fréquentation des garccedil;ons qui est une preuve de virilité, l'attirance exclusive pour les femmes relevant d'un manque de virilité. Ce qui permet aussi de mieux comprendre l'art grec antique qui sculpte et peint les hommes nus, parce qu'ils sont la beauté incarnée, mais voile les corps féminins, trop marqués par la fonction maternelle, donc imparfaits.

Ces contradictions grecques se retrouvent également dans la mythologie : après la création de l'Univers, la première entité qui sort du chaos est féminine, c'est Gaia, mère primitive. Les divinités féminines sont également très importantes comme Athéna déesse par excellence de la civilisation qui protège, aide l'homme et soumet les forces sauvages de la nature à la rigueur de l'esprit humain. Et pourtant, après la création du monde, les Dieux créent la femme pour punir les hommes. C'est Pandora, créée superficielle, curieuse, désobéissante, sans jugement et imprudente puisqu'en ouvrant la fameuse boîte qui porte son nom elle répand sur l'humanité tous les maux dont nous souffrons. Pandora est, comme Eve, responsable et coupable de la perte de l'âge d'or pour l'homme.

Dans l'histoire, rares sont les femmes grecques connues de la postérité pour leurs talents. Comme l'exprime Euripide dans Hyppolyte porte-couronne (vers 616-618) : « Je hais la femme intelligente. Qu'il n'y ait pas chez moi une femme plus intelligente que ce qui convient à son sexe. » (La grande mathématicienne et astronome Hypatie, souvent considérée comme grecque et qui a enseigné à Alexandrie parle grec mais appartient à la civilisation romaine du IVe siècle après J.-C.) La tradition a sauvé le nom de quelques poétesses, dont la plus célèbre est Sapho que les Grecs nommaient simplement « La poétesse ». Elle composait et enseignait la poésie aux jeunes filles bien nées. Une partie de ses œuvres nous est parvenue, témoignant de son grand talent.

Pour terminer ce tableau de la civilisation grecque antique, rappelons qu'il existe une exception, celui de la cité de Sparte, cité militaire, mais laissant à la femme une place bien plus grande qu'Athènes. A Sparte les filles sont élevées en compagnie des garccedil;ons et comme eux sont soumises aux exercices physiques et sportifs en plein air, à peine vêtues. Pendant les premiers jeux olympiques les Spartiates concouraient, au même titre que les hommes de leur Cité, mais en ont été exclues sous la pression des autres Cités grecques qui criaient au scandale devant ces phénomérides (« montreuses de cuisses ») et qui interdisaient même à leurs citoyennes d'assister aux compétitions sur les gradins !

Le mariage à Sparte est mis en scène et prend l'apparence d'un rapt au cours duquel le fiancé enlève sa fiancé et la confie à une nympheutria qui lui coupe les cheveux très court et l'habille en homme. Pendant ce temps le futur marié est en caserne où il partage le repas en commun avec ses camarades, comme chaque jour. Il fait ensuite semblant de s'échapper de la caserne pour rejoindre sa femme. Après la nuit de noce il retourne à la caserne, et s'il veut les nuits suivantes rejoindre son épouse il lui faudra pratiquer de la même faccedil;on. Après le mariage la Spartiate est donc très libre. Elle reste propriétaire de sa dot et se doit de remplir un rôle primordial pour la Cité, s'occuper de la vie économique, de la gestion des biens et sans doute jouer un certain rôle politique pendant que les hommes sont casernés. Elle doit également faire de robustes enfants spartiates et futurs défenseurs et combattants. La loi spartiate autorise même (et dans certains cas recommande) l'adultère féminin, l'absence des maris au foyer conjugal n'aidant pas à la procréation.

ROME

Comme à Athènes, la femme romaine est juridiquement considérée comme mineure et soumise à la tutelle masculine. Mais, si cette conception est respectée à Athènes, elle reste souvent à l'état de théorie à Rome où la femme s'émancipe dans les faits et la vie quotidienne.

Comme à Athènes elle reccedil;oit un enseignement et une éducation de base, elle est destinée à être mariée et à donner des enfants. Elle ne travaille pas, tout au moins celles qui le peuvent, les autres produisent, vendent et travaillent pour les autres. Elles sont néanmoins plus libres et mieux considérées qu'en Grèce. D'ailleurs à partir de la fin de la République (Royauté = de 753 avant J.-C. à 509 avant J.-C. ; République = de 509 avant J.-C. à 27 avant J.-C ; Empire = de 27 avant J.-C à 476 après J.-C.), les lois dites d'Auguste affaiblissent la notion de tutelle des hommes sur les femmes, notion juridique qui sera d'ailleurs supprimée pendant l'Empire, au IIe siècle après J.-C. Dès la fin de République et le début de l'Empire, les femmes ont le droit de divorcer et de récupérer leur dot. Les hommes ont le droit de divorcer pour trois raisons : stérilité, tentative d'avortement et falsification des clefs de la maison, dans ces trois cas c'est aux torts de l'épouse qui récupère quand même sa dot. Il est à remarquer que l'adultère chez les Romains n'est pas une cause légale de divorce. Les trois cas cités ne concernent que le divorce non consenti. Quand les deux époux sont d'accord, la raison n'a aucune importance. Cette facilité à divorcer et à se remarier plusieurs fois, tant pour l'homme que pour la femme, est critiquée par quelques écrivains latins qui y voient un affaiblissement de la société romaine. Mais avant le divorce (et très souvent après aussi), il y a le mariage. Il reste dans nos mariages actuels de nombreuses survivances des cérémonies romaines antiques. A Rome l'âge légal du mariage est 12 ans pour les filles et 14 pour les garccedil;ons, mais c'est plutôt l'âge de la promesse de mariage entre familles et de la signature du contrat, la réalité situant plutôt l'âge entre 20 et 30 ans. A l'origine (pendant la Royauté et la République) il existait trois formes de mariage. D'abord le mariage religieux indissoluble ou « confarreatio », cérémonie qui tombe très vite en désuétude et n'est plus utilisée dès la fin de la République. Le mariage par « coemptio » disparait aussi rapidement : il s'agissait de l'achat symbolique par le fiancé, le père de la jeune fille transférant sa propriété au jeune homme. Le troisième, « per usum », est un concubinage officialisé, pour la loi romaine une cohabitation sans interruption pendant un an devenait un mariage reconnu juridiquement. A partir du début de l'Empire, le mariage ou concubinage « per usum » subsiste et une nouvelle forme de mariage apparait, le « nuptiae », fondé sur le consentement mutuel d'époux échangé lors d'une cérémonie. Il y a d'abord les fianccedil;ailles, engagement réciproque devant témoins au cours duquel le fiancé offre une bague de fianccedil;ailles et des cadeaux. Cette bague se porte à l'annulaire de la main gauche, car les Romains pensaient que de là partait une veine allant au cœur, tradition que nous avons gardée. Le jour du mariage la mariée revêt une tunique retenue par une ceinture nouée de faccedil;on particulière, c'est le nœud d'Hercule que le jeune marié sera le seul à dénouer. Elle porte un manteau et des sandales de couleur safran et se couvre la tête d'un voile orange sur lequel est posé une couronne de fleurs d'oranger comme celle que nos grand-mères portaient encore. Une matrone (pour les Romains c'est simplement une femme mariée) joint devant les témoins les mains des futurs époux. En signe d'engagement, ceux-ci prononcent la formule rituelle. Pour les hommes : « Ubi tu Gaia, ego Gaius », pour les femmes : « Ubi tu Gaius, ego Gaia »« Où tu seras Gaia, je serai Gaius », « Où tu sers Gaius, je serai Gaia ». . Puis ils partent en cortège vers leur maison. Là le marié soulève la mariée dans ses bras pour lui faire franchir le seuil. Contrairement à ce que beaucoup pensent il s'agit donc d'une vieille tradition antique et non contemporaine venue des Etats-Unis ! L'époux présente à son épouse l'eau et le feu, symboles de vie familiale et lui remet toutes les clefs de la maison, tandis qu'elle lui donne trois pièces de monnaie, une pour lui, une pour le dieu lare et la troisième pour le dieu protégeant le carrefour le plus proche.

La femme mariée est dite matrona, et cette fonction est une dignité entourée d'honneurs. Elle est la gardienne du foyer, dirige la maison et ceux qui y habitent, dirige l'éducation des enfants et d'une manière générale toute l'économie de la famille. Contrairement à l'Athénienne, la Romaine n'est pas cantonnée à l'intérieur de la maison, elle est admise aux banquets et aux fêtes et elle est instruite. Beaucoup sont éduquées, écoutées et participent à la vie mondaine, culturelle et politique. Souvent leurs alliances matrimoniales permettent à leurs époux d'accéder à des magistratures politiques importantes. On sait qu'elles osent souvent donner leur avis, parfois avec bruit comme au IIe siècle avant J.-C. quand les femmes manifestent dans la rue afin d'obtenir l'abrogation de la loi d'austérité qui limitait les dépenses de toilette. Au 1er siècle de notre ère, l'écrivain Juvénal voit avec inquiétude les femmes romaines multiplier adultères et divorces et investir des terrains jusque là réservés aux hommes : la littérature et les sports de combat par exemple. On connait quelques exemples de savantes, bien intégrées dans la société impériale romaine, comme Fabiola chirurgien respecté au IVe siècle ou la célèbre Hypatie, déjà citée, dont la carrière scientifique n'a pas été interrompue tragiquement par les Romains, qui admiraient son savoir, mais par les premiers chrétiens scandalisés par son enseignement. Pendant toute l'histoire de Rome, certaines femmes ont également joui d'importants privilèges et honneurs comme les vestales, prêtresses dont le sacerdoce garantissait la survie de Rome.

« Il y avait à Alexandrie une femme du nom d'Hypatie: c'était la fille du philosophe Théon. Elle était parvenue à un tel degré de culture qu'elle surpassait sur ce point les philosophes, qu'elle prit la succession de l'Ecole platonicienne à la suite de Plotin, et qu'elle dispensait toutes les connaissances à qui voulait. C'est pourquoi ceux qui voulaient faire de la philosophie accouraient auprès d'elle. La fière franchise qu'elle avait du fait de son éducation, faisait qu'elle affrontait avec sang-froid même les gouvernants. Et elle n'avait pas la moindre honte à se trouver au milieu des hommes, car du fait de sa maîtrise supérieure c'étaient plutôt eux qui étaient saisis de honte et de crainte face à elle. » Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique, vers 440 après JC.

On trouve également dans les sources latines des témoignages d'amour conjugal que l'on ne trouvait pas en Grèce, le Romain considérant la femme comme compagne de vie, de faccedil;on plus naturelle que les Grecs :

« Elle m'aime, ce qui est la preuve de sa fidélité. A cela s'ajoute le goût de la littérature, produit de l'attachement qu'elle me porte. Elle a mes livres, elle ne cesse de les lire, elle va jusqu'à les apprendre par cœur. Quelle inquiétude est la sienne quand elle me sait sur le point de plaider, quelle joie elle éprouve quand le procès est fini ! (…) Quand il m'arrive de faire une lecture publique, elle y assiste derrière une tenture et tend une oreille très attentive aux éloges qu'on me décerne. Elle chante mes vers et les accompagne à la cithare sans avoir d'autre professeur que l'amour qui est le meilleur maître. Ainsi ai-je le ferme espoir que notre entente se maintiendra et grandira de jour en jour. » Pline le Jeune, Lettres, 4-19

« Q. Lucretius était proscrit par les triumvirs. Avec la complicité d'une seule esclave, sa femme Turia le protégea de la mort qui le menaccedil;ait, non sans grands risques pour elle-même, en le cachant entre le plafond et le toit de sa chambre et montra là un dévouement exceptionnel. Ainsi, alors que les autres proscrits échappaient à grand peine à leur sort dans des contrées étrangères et hostiles au prix d'énormes souffrances physiques et morales, Lucretius trouva son salut dans sa propre chambre et dans les bras de sa femme. » Valère-Maxime, VI, 7,2.

LES CELTES

Les Romains, comme les Grecs avant eux, sont certains de la supériorité de leur culture et de leur mode de vie, et nomment « barbares » les peuples dont les habitudes les stupéfient : ceux qui ne parlent ni le latin ni le grec, qui portent des vêtements cousus et non drapés, qui mangent assis et non couchés et surtout qui laissent à la femme une place des plus importantes. C'est le cas des Celtes.»

Celte est le terme employé pour l'ensemble des peuples d'origine indo-européenne, non germaniques et de langue celtique peuplant dès la protohistoire l'Asie mineure et l'Europe occidentale. Les Gaulois sont les Celtes installés en Gaule. Les deux termes Celte et Gaulois sont donc synonymes pour les Gaules (Gaule Belgique, Gaule aquitaine, Gaule lyonnaise).»

En étudiant les rares sources écrites qui nous sont parvenues, on constate que la condition féminine était chez les Celtes beaucoup plus avantageuse que dans beaucoup de sociétés, même contemporaines. Les Celtes ont une structure sociale très différente des Grecs et des Romains. La femme est consultée sur les questions politiques et militaires, elle est présente aux assemblées où elle arbitre souvent les conflits. Elles participent aux banquets (contrairement aux banquets dessinés dans les albums d'Astérix !), exemple qu'utilise le philosophe grec Platon qui affirme qu'interdire le vin aux femmes est un signe de civilisation, ce qui est prouvé par le fait que les femmes celtes boivent du vin et font donc partie des peuples barbares.»

La femme gauloise est indépendante, est propriétaire de ses biens mobiliers propres, troupeaux, bijoux. La propriété des terres est plus difficile à définir et semble collective. La Gauloise choisit librement son époux, la virginité n'a pas d'importance. Celui qui possède le plus de biens est le chef de famille. Si la fortune des deux est équivalente, aucun ne pourra gérer les biens sans l'avis de l'autre. Le mariage est considéré comme un contrat et non un acte sacré. D'ailleurs il n'est pas envisagé comme définitif. La séparation éventuelle se fait par consentement mutuel, chacun reprend ses biens et sa part des biens acquis pendant le mariage, car même mariée la femme celte conserve l'entière propriété de ses biens. Le divorce par consentement mutuel semble la règle, mais si l'homme décide seul de quitter son épouse, il doit arguer de motifs graves, sinon il sera astreint à payer des dédommagements élevés. C'est la même chose pour l'épouse, sauf s'il y a eu mauvais traitements. Le mari peut avoir une maîtresse mais il doit obtenir l'accord de son épouse, c'est alors une sorte de concubinage officiel.»

En dehors du mariage, la place de la femme est également très différente de celle de ses cousines grecques et romaines, car elle a dans la société un réel rôle social et politique. C'est justement parce qu'elle participe activement aux affaires publiques que les auteurs grecs ont classé les Celtes dans la catégorie des peuples « barbares », estimant que les rôles y étaient inversés. C'est également le cas en cas de guerre»

Les auteurs antiques confirment que les femmes celtes peuvent être reine (dans le sens de souveraine et non pas seulement femme de roi) et donc exercer directement le pouvoir suprême et conduire l'armée au combat. On connait par le latin Tacite l'épopée de la reine Boudicca au 1er siècle, qui est à la tête des armées celtes contre Rome et dont la statue trône aujourd'hui à Londres au bord de la Tamise. Il y en eu d'autres comme Velléda et la mythique Mebd ou Maeve. En 1953 en Côte d'Or, la découverte de la tombe de Vix illustre le statut élevé de certaines femmes gauloises. La richesse des objets qui accompagnaient dans la mort la « Dame de Vix », dont on s'accorde à dire aujourd'hui que, plus que prêtresse, elle était sans doute reine, est encore aujourd'hui sans équivalent. Plutarque dans sa Vie de Marius (XIX-10), décrit l'affrontement des soldats romains et du peuple gaulois des Ambrons en parlant des guerrières « héroïques et effrayantes ». Tous louent le courage des Gauloises au combat. Les soldats romains se sont retrouvés en face de combattantes femmes ou de peuples dirigés par des reines et ont été souvent effrayés par ces situations si loin de leurs conceptions, mais également par l'apparence des combattants et combattantes Certains témoignages antiques parlent de peintures de guerre. L'archéologie funéraire prouve aussi la réalité de la différence de taille entre les Celtes, hommes et femmes, beaucoup plus grands, et les Romains plus petits.. D'où de nombreux témoignages sur celles qu'ils trouvent si sauvages et barbares. Seuls parmi tous les auteurs antiques, César les passe sous silence préférant aux yeux de ses concitoyens vaincre des hommes que des femmes. Ce statut des femmes celtes est également illustré par la mythologie qui considère que le monde terrestre est régi par un principe féminin omniprésent : Dana la déesse-mère dont les femmes sont les messagères auprès des hommes. Cette souveraineté de la femme nous a laissé un héritage culturel et littéraire, celui de l'amour courtois pur et absolu des chevaliers du Moyen-âge pour leur Dame, et celui des légendes du cycle arthurien dans lequel les personnages féminins sont toujours détenteurs de la force et du savoir.»

La situation de la femme dans la société celte était notablement meilleure que celle des autres sociétés antiques et doit nous inciter à réfléchir au sens de l'histoire, en rappelant ce que dit l'historien Jean Markale dans son célèbre ouvrage "La femme celte :"

« A une époque où le problème de la femme se pose dans toutes les sociétés contemporaines avec une force qui n'a jamais été encore atteinte, quand on discute parfois âprement du rôle respectif de l'Homme et de la Femme, ou encore de la survie du couple et du bien-fondé du mariage, ne serait-il pas opportun -et fructueux- de se pencher sur cette tradition celtique ancienne dont les spéculations sont peut-être des tentatives de solution ? Il n'est jamais trop tard pour faire jaillir du passé les sources vives de l'avenir. "

Martine VALDHER




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