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LES AMIS DU MUSEE de BETHUNE
et de L'ESTRACELLES A BEUVRY




BÉTHUNE-42, Grand Place

claude

« J'ai fait cela avec mes deux garçons, pour eux, pour mes enfants », aime à déclarer Claude Laforge. A proximité de l'entrée du magasin de meubles MODERN MOBILIER, sur l'un des côtés de la place du Beffroi de Béthune, à côté de la boite à lettres de La Poste, un panneau d'affichage invite le passant (entrée libre) à découvrir à l'intérieur« les caves du XVème siècle ». La porte poussée, l'escalier qui y donne accès permet d'accéder facilement à ces caves, qui sont comme un écho au beffroi, leur voisin vertical.).

«J'ai fait cela avec mes deux garçons, pour eux, pour mes enfants », répète Claude Laforge. En cet homme, tout respire l'énergie, la passion, la ténacité. De l'énergie, de la passion, de la ténacité, il en a fallu pour mener à bien le sauvetage et la réhabilitation des caves. C'était en 1993 ; il avait 60 ans, et à l'âge où d'aucuns posent le sac, il a entrepris, avec ses seuls moyens, le sauvetage et la mise en valeur de 200 mètres carrés de caves voûtées au niveau -1. Dans ces caves, à l'origine très difficilement accessibles (il fallait ramper pour franchir certains passages), insalubres, inutiles, ont travaillé à plein temps pendant un an, quatre hommes de l'entreprise Breuvart d'Annezin. On découvrait, on inventait des solutions techniques au rythme de la progression et de l'évacuation des remblais : 260 tonnes évacuées à la brouette, remontées au rez-de-chaussée et emportées par camions. 260 tonnes&jellip;Après le niveau -1, est venu le tour du niveau -2.

Pendant le chantier, les surprises (bonnes rarement, mauvaises fréquentes) ont été nombreuses : infiltrations venues de l'extérieur, éboulements…Au moment de la construction du parking souterrain de la Grand Place un écoulement de béton a constitué une autre surprise ; de nouveau il a fallu trouver une parade…

Nous savons - et le chantier de l'Estracelles nous le rappelle au quotidien - que réhabiliter un bâtiment ancien requiert un savoir-faire de haut niveau. Obligation impérative de respecter le site, tout en mettant en œuvre normes et techniques actuelles. La fin des travaux n'a pas signifié la fin des soucis, des problèmes et des frais : il convient, en permanence, de continuer à veiller, chauffer, maintenir un taux d'hygrométrie adéquat, éclairer, ventiler…

Au gré de la déambulation, on découvre de petites merveilles : les pierres taillées d'une margelle de puits ayant fait l'objet d'un remploi, de magnifiques voûtes, une cheminée ancienne, trace d'un habitant permanent en sous-sol… Dans des vitrines et en divers endroits sont exposés des objets découverts sur le site : céramiques de différentes époques, pierres moulurées, grenades à main, mais aussi des objets plus récents datant de la Première Guerre mondiale. Les agrandissements de cartes postales anciennes de la ville, évoquent le Béthune d'avant les destructions ; des meubles exposés (nous sommes dans un magasin) sont un rappel du présent.

Un des éléments d'architecture parmi les plus intéressants est la partie inférieure d'une tourelle qui contenait jadis un escalier à vis. Cette tour apparaît dans la vue panoramique de Béthune, dite plan de Braun, de 1573 sous la mention« Turris Constantini » (tour de Constantin). L'existence à cet endroit, de l'auberge du Grand Constantin surmontée d'une tour est attestée. D'ailleurs, lors du déblaiement de cette zone, de nombreux fragments de céramique ont été trouvés ; on sait que les dépotoirs sont de véritables trésors archéologiques. Eugéne Béghin dans Les rues de Béthune, écrit :« L'hôtellerie du Grand Constantin réunissait les deux propriétés 54 et 56 ; il est probable que Braun, lors de son séjour à Béthune avait reçu le meilleur accueil dans cet établissement, car dans le plan qu'il a publié en 1573 avec Hogenberg, il a voulu donner un témoignage de son bon souvenir au maître d'hôtel en mettant en relief la tour renfermant un escalier à vis et surmontée d'un pigeonnier qui distinguait cette propriété et était vue de loin ».

Certains historiens ont constaté que le nom de Constantin était attribué de façon récurrente à des auberges et hôtelleries. Ainsi, dans l'Histoire de Douai sous la direction de Michel Rouche (Editions du Westhœck-1985- page 68) :« Les grandes abbayes voisines avaient acquis des refuges destinés à abriter en temps de guerre les religieux et à engranger une partie de leurs récoltes. L'abbaye d'Anchin possédait depuis au moins le XIV ème siècle le bâtiment dit « du Constantin » ancienne hôtellerie du bord de Scarpe ».

tour

Base de la tour Constantin

evier

évier provenant de l'hôtellerie du Grand Constantin.

Quel rapport entre une auberge établissement destiné à accueillir et l'empereur Constantin le Grand qui fit du christianisme la religion d'état au début du IVème siècle ? Plusieurs médiévistes, intrigués par des statues- parfois de grande taille- représentant un cavalier sur son cheval, statues situées dans des églises romanes du Poitou et du Sud-Ouest, y ont vu la représentation de l'empereur Constantin. A-t-on fait une association d'idées entre cavalier-voyage-auberge et donné ainsi le nom de Constantin à des hôtelleries ? L'hypothèse a été émise. Une hypothèse plus audacieuse encore a été faite : l'existence d'une sorte de chaîne hôtelière à l'enseigne de Constantin…

« J'ai fait cela avec mes deux garçons, pour eux, pour mes enfants ». Modeste, trop modeste en vérité. Claude Laforge l'a fait aussi pour ce qu'il estimait être de son devoir : sauver avec ses moyens propres une partie du patrimoine de sa ville, patrimoine trop souvent, trop longtemps ignoré, abandonné, voire saccagé…Il y a là un désintéressement, et un amour de« la belle ouvrage » qui lui font honneur. Il y a quelques mois, on a remis à Claude Laforge la médaille de la Ville de Béthune. Distinction cent fois méritée, dont on regrette qu'elle ne vienne que tardivement, pour un sauvetage exemplaire, mené à bien sans subvention aucune.« C'est la Légion d'Honneur qu'on aurait dû lui donner ! », s'est écrié André Delhaye notre président.

Nous souscrivons.

beth-pano

Vue panoramique de 1573.

En 5 : le beffroi ;
en 6 : la tour Constantin ;
en 7 : la collégiale saint Barthélémy


Daniel BRETTE





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