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MARCHANDE D'INDIENNES : QUESACO ?

almanach

Un samedi matin de septembre, le Café-Bibliothèque réunit quelques participants, assistance féminine majoritaire ce jour-là. Le président sort de la bibliothèque un précieux petit bouquin : l'almanach de Béthune et son arrondissement de 1862, édité par REYBOURBON, libraire 12 rue du Pot-d'étain . Cet almanach, précurseur du RAVET-ANSEAU, répertorie les rues et les activités des habitants de la cité. Absorbé par sa lecture, le président ne prête guère attention à son entourage, et relevant la tête, demande soudain :

" Marchande d'indiennes, qu'est-ce-que c'est ? "

Aussitôt, la réponse fuse, unanime : c'est une marchande de tissus imprimés (ou peints à la main) aux siècles derniers dans différentes villes fran&ccedol;aises. S'ensuit alors un échange amusant de noms de tissus : percale, batiste, popeline, organdi, faille, linon, calicot, bure, tweed, madapolam, fil à fil, flanelle, alpaga, zenana... et j'en passe. C'est fou ce que l'on trouve comme variétés, mais on est forcé de constater la quasi disparition de ces étoffes, au profit, si l'on peut dire, des tissus actuels plus composites : acrylique, polyester, lycra, élasthanne, viscose, dont les appellations sont, certes, moins poétiques. Zénana, &ccedol;a fait rêver, surtout si l'on apprend que c'est une étoffe de soie cloquée, destinée à la confection de la lingerie féminine. Mondialisation uniformisation de la mode ont entraîné l'oubli de ces thermes. Allez donc maintenant demander à une jeune femme ce que sont le madapolam ou le surah ! les dictionnaires sont alors d'un grand secours (Internet aussi !) et permettent de retrouver l'origine de ces tissus et de leurs appellations. La plupart, en soie ou coton, proviennent de différentes régions d'Asie : le madapolam porte le nom d'une localité des Indes, tout comme le calicot, l'organdi vient du Turkestan, la mousseline de Mossoul, ville de l'Irak actuel, le taffetas, quant à lui, est persan."

bethune chiffons

Laissons là tissus et chiffons et nos dérives géographiques et linguistiques, et revenons à notre petit almanach béthunois qui nous apporte bien de renseignements sur la ville, à cette époque encore enserrée dans ses remparts. Commen&ccedol;ons par les marchandes d'indiennes comme Mme Vve TIRMARCHE au 63 rue Saint-Pry ou Mme TILLOY qui y ajoute un commerce de coutellerie. Car beaucoup de commer&ccedol;ants avaient, si l'on peut dire, « deux fers au feu » d'où des mentions assez cocasses : Mme Vve DELANNOY marchande de rouenneries (synonyme d'indiennes, parce que fabriquées à Rouen) et de morue salée ; Mr DUJARDIN, un de ses concurrents, est marchand de poissons salés et de chiffons, Mr GALBY est cordonnier et maître de danse au 4 rue de la Délivrance. Beaucoup de cabaretiers, d'épiciers, de raffineurs de sucre et de sel. Des métiers ont disparu comme fabricant de marabouts ou mannelier. Mme Angeline BODENELLE est « loueuse de servantes » rue des tanneurs. Les professions libérales sont bien représentées : médecins, avocats, avoués, architectes exercent au cœur de la ville. C'est ainsi que le Dr BEZU habite 1 rue de la délivrance, le siège actuel de notre Association et que Mr NOCQ est artiste vétérinaire en même temps que marchand de fers Grand Place. Mr HAUQUELLE est lui aussi artiste car photographe 5 rue du Pot d'Etain.

Les listes des faubourgs sont également intéressantes à observer. En plus des classiques épiciers, cabaretiers, marchands de tissus.., on trouve 12 jardiniers-légumiers au faubourg de Catorive où les terrains se prêtaient au maraîchage. Il est aussi fait mention d'un éclusier, c'est normal, puisque nous sommes au bord de la Lawe, alors navigable. Dans la rue de Lille, le magasin « des tabacs et feuilles de l'Etat » est déjà construit, tout près d'une fabrique de pipes en terre appartenant à Mr DEFLANDRE et face à Mr HANICOTTE, fabricant de sucre.

Il faut bien arrêter l'énumération des multiples activités des Béthunois, mais je ne résiste pas à en mentionner une dernière, Celle de Mr JEAN, au 29 rue Saint-Pry, « fabricant d'ustensiles pour les joueurs de paume ». son atelier étant tout proche du Jeu de Paume, actuellement place du Maréchal Foch, les joueurs n'avaient qu'un pas à faire pour s'adonner à l'un de leurs sports favoris, de même qu'ils n'avaient qu'un pas à faire pour se rendre à l'Eglise Saint-Vaast, au marché du lundi ou à l'Esplanade pour admirer les parades militaires, BETHUNE étant ville de garnison.

On sent, à la lecture de l'almanach, que nos concitoyens et concitoyennes de l'époque étaient des gens très actifs, tous les corps de métier sont bien représentés. Les Béthunois sont prêts, en cette année 1862, à participer à l'essor que va connaître leur ville : la découverte des gisements houillers dans la région date de 1850 et l'exploitation s'en fera par la création des compagnies des Mines comme celle de BETHUNE, qui s'apprête à construire puits d'extraction, corons ... la démolition des remparts intervient après la guerre de 1870, au temps de la municipalité de Mr DELISSE-ENGRAND. La ville va changer d'aspect avec ses nouveaux boulevards, ses nombreux faubourgs maintenant reliés au centre-ville. Toutes les conditions sont alors remplies pour faire de BETHUNE une ville prospère et le Chef-lieu d'un grand arrondissement.

Marie-Thérèse BREYNAERT





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