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LES AMIS DU MUSEE de BETHUNE
et de L'ESTRACELLES A BEUVRY




UNE LETTRE DE 1919

Voilà un témoignage intéressant tant sur notre 73è régiment d'Infanterie, que sur la situation de Béthune début 1919, et sur un incident survenu lors des funérailles d'un commandant.
PS - la confrérie des Charitables n'a pas été créée par des bourgeois, mais en 1188 par deux maréchaux-ferrants.

Cher Monsieur et Ami,

Votre lettre me rappelle des souvenirs bien anciens de mon séjour à BETHUNE en 1919. Vous excuserez dans ma relation des faits quelques absences dues à l'éloignement et à mon âge, mais votre doyen retrouvera à l'Etat Civil de Béthune la date exacte, la population en 1919 étant assez réduite, et les obsèques d'un commandant plutôt rares.

Voici succinctement ma relation de la découverte des Charitables de Béthune et les faits qui en découlent.

Blessé dans la Somme le 12 octobre 1916, je fus, à mon retour aux Armées, muté d'abord au 273è puis, devenu officier, au 73 è R.I.. Ce régiment du Nord tenait en 1914 garnison à Béthune et faisait brigade avec le 33 è d'Arras, Colonel PETAIN et Lieutenant DE GAULLE. Durant la guerre, le 73 è et le 273 è avaient été mutés à Périgueux.
Voilà comment, méridional de naissance, je fis la guerre en 1917 et 18 au 1er corps avec mes bons camarades Ch'timi et aux accents du p'tit Quinquin.

Après la débâcle allemande, nous entrâmes fin novembre 1918 en Sarre et notre corps vint occuper la région Mayence, Wiesbaden.
J'étais avec ma compagnie dans les faubourgs de Wiesbaden, quand cette même compagnie fut désignée par le Général GUILLAUMAT pour revenir à BETHUNE préparer le cantonnement du régiment. La ville n'avait que partiellement souffert de la proximité du front, par contre Lens était complètement rasé. Beaucoup de travaux nous attendaient, en particulier à la caserne.

Ayant été désigné, avec ma section, pour rendre les honneurs militaires à la dépouille d'un commandant décédé subitement, je me rendis avec mes hommes à la maison mortuaire, très surpris de voir arriver de vieux messieurs, de noir habillés en habits du 19ème siècle. J'appris alors qu'ils faisaient partie d'une société de Charitables créée par la bourgeoisie à une époque de calamité pour porter en terre les habitants de BETHUNE décédés.
Je fis présenter les armes et disposais mes hommes de chaque côté du cercueil, et, avec mon sabre, pris la tête du cortège.
J'avais bien remarqué au début, l'âge certain des Charitables, les mobilisés n'étant pas encore rentrés, et le poids excessif de la bière, le commandant avoisinant les 100 kilos.

Au premier tournant de rue, je me retrouvais seul, revenant sur mes pas, le cercueil était à terre. Je pris alors une décision immédiate, je fis prendre les armes de mes soldats à ces vénérables messieurs et charger le cercueil par mes jeunes hommes, et ainsi nous gagnâmes le cimetière sans aucun autre incident.

Ce fut, de mon assez longue carrière militaire, la seule fois que j'eus à commander à des civils en redingote armés de notre vieux Lebel.




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