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LES AMIS DU MUSEE de BETHUNE
et de L'ESTRACELLES A BEUVRY






L’HOMME ET LE TRAVAIL

 

Introduction
TRAVAILLEZ, PRENEZ DE LA PEINE

                        En cette période dite ‟de crise”, le mot travail et le verbe travailler tiennent une place majeure dans les esprits et  les médias. Il m’a donc paru utile de mener des recherches sur ces mots, leur origine, leur signification et leur évolution au fil des temps.

                        Etymologie du travail

                        Alain REY, dans son Dictionnaire historique de la langue française, aux Editions Le Robert, nous informe que le verbe « travailler » apparaît vers 1200, issu du latin populaire °tripaliare, littéralement « tourmenter, torturer avec le “trepalium” », du bas latin trepalium (attesté en 582 dans les actes du concile d'Auxerre), variante de tripalium, composé de tri  et de palus (→ pal, pieu), littéralement « machine faite de trois pieux » initialement dispositif de contention utilisé dans les fermes pour aider à la délivrance des animaux, mais surtout utile au ferrage, au marquage au fer rouge, ou à des interventions vétérinaires douloureuses. C’est aussi nom d'un instrument de torture servant à attacher les esclaves et les criminels pour les punir ou les fouetter.

                        P. Guiraud (autre éminent linguiste) invoque un croisement entre trepalium et le verbe trabiculare de trabicula « petite poutre », diminutif de trabs « poutre » (→ travée) ; trabicula a pu désigner le chevalet de la question et trabiculare signifier « torturer » et « travailler au sens de faire souffrir», c'est-à-dire supporter une charge comme le chevalet.

                        Quoiqu’il en soit, dans le français classique ancien, travailler a toujours été associé à la notion de souffrance et de violence, et s'appliquait spécialement à un condamné que l'on torture, à une femme dans les douleurs de l'enfantement, à une personne à l'agonie. Il a aussi signifié « molester (quelqu’un) », puis « endommager (quelque chose) » et encore « battre (quelqu’un) » : travailler sur quelqu’un se retrouve encore en boxe dans l’expression « travailler (l'adversaire) au corps. ». . Mais nous devons garder à l'esprit que le verbe travailler est dans ce cas transitif : le travailleur est, en fait, le tortionnaire : il exerce une contrainte sur la matière ou l’individu qu'il travaille, comme le policier brutal qui "travaille" le suspect...

                        Cette association du travail à la souffrance et au châtiment, dans notre culture occidentale, se réfère aussi sans doute au texte biblique où, pour avoir voulu goûter au fruit de l'Arbre de la Connaissance, Adam et Eve se voient respectivement condamnés à "produire son pain à la sueur de son front" et "à enfanter dans la douleur".

                        Le verbe s'est aussi employé pour « agiter » (l'eau d'un fleuve, etc.) d'où l'intransitif travailler, « être agité » (v. 1709), L'idée étymologique s'est conservée de façon très affaiblie avec la valeur de « tracasser, inquiéter » (fin XIVe s.), d'où travailler l'esprit de quelqu’un, travailler quelqu’un (XIXe s.) et l'emploi familier « ça le (me, nous) travaille »

                        Ce sens originel s’affaiblit au cours du temps, et l’usage du terme glisse peu à peu vers l’acception anodine de notre temps (la métaphore travail=torture n’est plus usitée, même si l’expression « faire un travail de romain » est encore utilisée de nos jours). Toujours selon ce même dictionnaire d’ Alain Rey, plusieurs emplois impliquent l'idée de transformation acquise par l'effort, en 1155, on voit apparaître " se travailler " : produire de grands efforts, qui se maintient jusqu'au XIXème siècle, précédant travailler à « exercer une activité qui demande un effort » (v. 1200), faire tous ses *efforts* pour parvenir à un résultat... l’idée de transformation d’une matière première ne prend le pas sur l’idée de souffrance qu’à partir du XVIème siècle, moment où le verbe se répands dans le sens " faire un ouvrage " et " rendre plus utilisable " (indiquant qu’un ouvrage intellectuel a été travaillé pour le rendre utile, pour lui conférer une valeur d’usage). L'idée de transformation efficace l'emporte sur celle de fatigue ou de peine et le verbe devient courant au sens d’ « exercer une activité régulière pour assurer sa subsistance » (1534), d'où faire travailler « embaucher » (1581). Au XVIème siècle. il a aussi le sens de « rendre plus utilisable », d'abord à propos d'un ouvrage de l'esprit (1559, travailler le style). Travailler à ...  signifie (fin XVIème siècle) « participer à son exécution ».

                        Le verbe s'est dit en argot pour « voler » (1623), puis « assassiner » (1800) et « se prostituer » (1867), spécialisations de l'idée de travail professionnel dans un contexte d'illégalité.  Dans le même usage populaire, l'idée de « dérangement cérébral » est exprimée par celle de « travail mental » dans des expressions du type travailler du chapeau (1932), suivi par des équivalents (du canotier, du bigoudi, de la touffe).

                        Par extension, travailler pour (contre) quelqu’un prend le sens de « le servir (le desservir) » (1651). Puis le verbe s'emploie dans des domaines variés : travailler le fer (1680), travailler la pâte en cuisine (1732). Par métaphore, il signifie « exciter à la révolte » (1798, travailler le peuple). C'est au XVIIème siecle qu'apparaît faire travailler son argent (1675). Par figure, il signifie « fermenter » en parlant par exemple d'un vin (1690) et « subir une force, se déformer » (1690, d'un bois), d'où « s'altérer avec le temps » (1812). Au XIXème siècle, il signifie « effectuer un exercice » (1859), « fonctionner », en parlant d'une machine (1872).

                        Les participes de travailler ont fourni TRAVAILLÉ, ÉE adjectif, archaïque au sens de « fatigué » (1080) puis « tourmenté » (fin XIVème siècle), employé au sens moderne à partir du XVIème siècle (1559).Au XXème siècle (1975), il est employé spécialement pour qualifier le temps pendant lequel on exerce un emploi salarié.

                        Le déverbal (nom formé à partir de la racine d’un verbe en linguistique)  TRAVAIL, TRAVAUX présente le même type de développement sémantique que le verbe : jusqu'à l'époque classique, il exprime couramment les idées de tourment (v. 1140), de peine (v. 1130) et de fatigue. Il conserve encore ce sens dans quelques expressions en médecine comme salle de travail et femme en travail. Dans nos campagnes, on nomme encore « travail » l’instrument qui immobilise le sabot du cheval lors du ferrage.

                        Dans l’Antiquité, le travail est considéré comme une tache non noble réservé aux esclaves tandis que les activités nobles : les loisirs, la réflexion, la participation à la vie politique, l’activité philosophique…, sont réservées aux Nobles. De manière générale, dans toutes ces sociétés, il n’est pas nécessaire de produire plus que ce qui est nécessaire à la satisfaction de ses besoins immédiats, il n’y a pas d’idée d’accumulation individuelle ou de recherche du profit. Au moment de la Révolution Française, nous étions encore dans le mythe où l’objectif était de ne pas travailler, de pouvoir vivre de ses revenus, et d’avoir une activité individuelle qui ne soit pas une activité de travail salarié.

                        Après avoir concerné des efforts, la peine prise à l'exercice d'un métier (artisans, milieu XIIIème siècle), le mot s'applique à cette activité en tant que source de revenus (comme labor), mais ce n'est guère qu'au XVème siècle que le mot devient un synonyme neutre pour « activité productive ». L'idée d'« activité quotidienne permettant de subsister », avec ses implications sociales, apparaît nettement en 1600. Des économistes comme Adam Smith (1723-1750) posent la première explication du travail comme « instrument de mesure », c’est à dire la comparaison en valeur entre plusieurs marchandises s’effectuant en comparant le temps nécessaire à la production de ces marchandises. Ainsi, le travail devient détachable de celui qui le produit, on peut différencier le travail du travailleur, et, pour tendre vers l’abondance (puisque c’est le but recherché), il est fondamental que chaque citoyen participe à la production pour que cette production lui soit rémunérée. C’est une rupture avec la notion de l’Antiquité où au contraire « est citoyen celui qui ne produit pas ».

                        A la fin du XIXème siècle, ne constitue un travail que ce qui a une contrepartie monétaire. Au XXème siècle, il y a une extension du mot travail, puisque l’on fini par nommer travail, le travail domestique, même non rémunéré, le travail intellectuel, tout est nommé travail.

                        Le pluriel "travaux" s’est spécialisé vers 1611 pour parler d’entreprises difficiles et périlleuses qui apportent la gloire ; il développe des emplois concrets spéciaux dans le langage militaire pour « opérations par lesquelles on établit les fortifications » (1669), et en général pour « suite d'entreprises exigeant une activité physique et la mise en œuvre de moyens techniques » (1751). Tous ces contextes (travaux guerriers, etc.) ont vieilli, puis disparu après l'époque classique. Ce pluriel entre dans les termes travaux forcés (1795) désignant en droit pénal la sanction qui succède aux galères. et travaux publics, autrefois (1727) « peine correctionnelle,  puis spécialisé pour « constructions, travaux de voirie... ». Les activités de couture et analogues sont appelées « travaux d’aiguille et travaux de dames » .A noter que ce pluriel travaux ne concerne que le sens de labeur car, lorsqu'il s'agit de l'instrument de contention utilisé pour ferrer les animaux, le pluriel en est travails.

                        A la même époque, le singulier commence à s'appliquer à l'activité d'une machine, au fonctionnement d'un organe (1790) et à l'action d'une cause naturelle aboutissant à une transformation (1783), développant l'emploi abstrait, le travail (lu temps) dont procède la valeur du mot en psychanalyse (XXème siècle, travail du rêve, travail du deuil).  Au XIXème siècle, le mot désigne l'activité humaine organisée à l'intérieur du groupe social et exercée régulièrement (1803). Par extension, le travail est appliqué à l'ensemble des travailleurs (1877) et spécialement aux travailleurs salariés des secteurs agricole et industriel, alors opposé à capital (pour « ensemble des capitalistes »). On parle ainsi du monde du travail. D'une manière plus neutre, travail désigne l'ensemble des activités économiques productrices de valeur, par exemple dans des noms institutionnels, comme Organisation internationale du travail (O. 1. T.) dont le Bureau international du travail (B. I. T.) est l'organisme directeur.

                        Pour en terminer avec l’étymologie, travailleur (XIIème siècle) a suivi la même évolution. Le mot part du sens ancien, au masculin, de « celui qui fait souffrir » (spécialement « bourreau ») et « celui qui veut du mal à » pour prendre avec le mot travail la valeur moderne de « personne qui travaille » (1552), se disant de toute personne faisant un travail utile, qu'il soit physique ou intellectuel (1606), spécialement d'une personne exerçant une activité professionnelle (1761)  En ce sens, lorsqu'il n'est pas qualifié, le mot désigne spécialement, surtout au masculin pluriel, le salarié, et plus spécialement l'ouvrier de l'industrie (travailleurs syndiqués).
L'adjectif apparaît au XVIe siècle pour  «qui travaille» (1629), puis au sens psychologique «qui aime le travail» (l'ancien français avait travailleux qui ne s'est pas maintenu). Il qualifie également ce qui est caractérisé par le travail et qui se rapporte aux travailleurs. Le féminin travailleuse «femme qui travaille, en général manuellement», a désigné un petit meuble pour les travaux de dames. L'argot l'a repris avec l'un des sens populaires de travailler, pour «prostituée».

                        Signalons enfin que le portugais et l’espagnol ont un mot de même origine que le français, respectivement trabalho et trabajo.


                        Quelle différence faire entre travail et labeur ?

                        Dans les temps préhistoriques, l’expérience première du travail est agricole : on laboure, on fouaille la terre pour en tirer un produit : laborare, en latin, signifie "mettre en valeur, cultiver", autant que "se donner du mal". Ici encore nous avons l’expérience conjointe de la  production  de  valeur  avec  la  souffrance, vécue   plutôt  que  donnée,  que  l’on  éprouve  en labourant la terre, qui nous résiste. Mais ce  labor - travail, en tant qu’effort fourni - désignait à l’origine la charge sous laquelle "on chancelle", on glisse (labare, qui donne aussi lapsus) devient en  ancien  français  "labeur"  qui  signifie  clairement  "affliction,  peine,  malheur"  et  au  XIIème  siècle,  un travail pénible, comme celui des champs.

                        L’anglais et le néerlandais font également une distinction un peu différente entre d’une part travail au sens ordinaire (work, werk), et d’autre part travail sous son aspect administratif et légal (comme dans droit du travail) ou existentiel (labor, arbeid).


                        Quel sens donner au travail ?

                        Le  travail  a  donc doublement  partie  liée  à  la  reproduction  :  il  vise  la  production  (production  de nourriture) et cherche à maitriser la reproduction (végétale ou animale) ;  d’autre part, le travail est la  condition  nécessaire  de  notre  reproduction,  autant  que  de  notre  croissance.  Mais  cette production  est  avant  tout  production  de  valeur,  sans laquelle elle n’aurait, pour nous, aucun sens.

                        Etymologiquement, produire est "conduire en avant", et, de fait, ce verbe est usité en droit, pour "faire apparaitre, présenter une pièce", que l'on invoque pour sa défense, et prend la valeur plus générale de "présenter, faire connaître". On  produit un témoignage, une pièce juridique, pour sa  défense,  c'est-à-dire  qu'on  expose  une  thèse,  une  parole.  Il  s’agit  de  mettre  en  avant,  en évidence, de conduire au jour. Un artiste qui se produit, se présente sur scène et se fait connaitre, il  se  montre,  ostensiblement.  Mais  la  production  concerne  aussi  l'être  vivant  :  en  parlant  de  la terre, produire est "porter, offrir, procurer la croissance de" quelque chose qui se montre comme un résultat d'une action, action dont la cause peut être interne au "producteur", comme l'arbre qui produit ses fruits.

                        Nous agissons sur le monde. Agir sur le monde, c'est lui  donner  sens  et  lui  donner  forme.  Extraire  le  charbon  du  sol,  c'est  lui  donner  sens  comme combustible utilisable : l'information (la production de sens) est encore plus évidente lorsqu'on pense à la production d'objets artisanaux : le  bois  taillé,  en  meuble,  en  table,  prend  forme  et  sens.  Dans  la  mesure  où  le  travail  consiste précisément, par définition, à produire cette valeur (d'usage), on peut affirmer que tout travail est producteur de sens et a donc un sens, sinon pour le travailleur du moins pour celui qui en utilise le produit. La valeur du travail sera donc liée à son sens. Toute la théorie économique de la valeur consistera  en  fin  de  compte  à  quantifier  ce  "sens",  on  parlera  tour  à  tour  de  valeur-travail, de valeur marchande, de valeur d'usage... qui ne coïncideront pas nécessairement.

                        Pour conclure, je peux penser que, si le sujet ne m’a pas trop travaillé, je l’ai bien travaillé et même épuisé, m’efforçant de rendre cet article aussi complet et compréhensif que possible (en espérant que ce travail de lecture, auquel je vous ai contraint, ne vous aura pas amené à travailler du chapeau).


                                                                                                          Gilbert DENELE



Quelques sens de TRAVAILLER  (tirées du Larousse)

1) Verbe transitif
• Soumettre quelque chose à une action, le façonner : Travailler le bois.
• Chercher à donner à son style, à un texte des qualités esthétiques.
• Populaire. Malmener quelqu'un, le battre : Boxeur qui travaille au corps son adversaire.
• Chercher à approfondir la connaissance ou la maîtrise d'une discipline par l'étude, l'exercice : Cet enfant devra travailler les mathématiques.
• Soumettre un geste, une aptitude à un entraînement afin de les développer : Joueur de tennis qui travaille son revers.
• S'efforcer d'influencer quelqu'un, de l'amener à agir comme on le désire : Travailler les délégués afin de les convaincre.
• Préoccuper ou faire souffrir quelqu'un : Ce problème me travaille depuis longtemps.

Expressions
Cuisine
• Travailler un appareil, une sauce, y incorporer les substances qui doivent les composer, jusqu'à ce qu'elles soient bien amalgamées.
Équitation
• Travailler un cheval, l'exercer afin de le dresser ou de l'entraîner.
Pêche
• Travailler un poisson, le fatiguer quand il est au bout de la ligne.
Sports
• Travailler une balle, lui donner beaucoup d'effet.

1) Verbe intransitif
• Faire un effort soutenu pour obtenir un résultat : Travailler jour et nuit.
• Réaliser une production, produire : Entreprise qui travaille à perte.
• Avoir une profession, exercer un métier : Travailler dans les assurances.
• Étudier : Arrête de jouer, va travailler dans ta chambre.
• Servir, desservir quelqu'un, quelque chose : Le temps travaille pour nous.
• Effectuer un exercice : L'acrobate travaille sans filet.
• Fonctionner activement : Dans ce sport, tous les muscles travaillent.
• Déployer une grande activité : Son imagination travaille sur ce projet.
• Se déformer sous l'action de l'humidité, de la chaleur, du temps : Meuble qui a travaillé.
• En parlant d'une maçonnerie ou d'une charpente, se déformer sous l'effet des charges, poussées ou tractions subies.
• Subir l'effet de la fermentation : Vin qui travaille.
• Produire un revenu : Faire travailler son argent.





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