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LES AMIS DU MUSEE de BETHUNE
et de L'ESTRACELLES A BEUVRY






L’HOMME ET LE TRAVAIL

 

Première partie : De la Préhistoire au Moyen-Age

Dans nos sociétés occidentales dominées par l'économie et ses impératifs de compétition, le travail est un passage incontournable de la vie. Il représente le seul moyen d'accéder aux revenus et à certains droits en échange d'une prestation, et donne donc à l'individu sa place dans la société, lui permettant d’explorer ses capacités et d’en tirer une satisfaction personnelle. On constate cependant un paradoxe entre une qualité de vie sans cesse améliorée, une sensation de liberté et de facilité, un allègement de la charge physique et des risques du travail et un ressenti de malaise diffus, un « envahissement » du travail dans la vie quotidienne. Il apparaît donc intéressant de réfléchir sur les relations de l’homme avec le travail, comment elles ont débuté et évolué depuis l’aube des temps jusqu’aux temps modernes.

Le travail dans la Préhistoire : On peut décliner la Préhistoire selon deux modes de vision : la vision biblique et la vision archéologique.

1. La vision dite biblique fait référence à la Genèse, mais se retrouve aussi dans la plupart des religions et mythologies anciennes, notamment grecques ou romains, mais également dans l’hindouisme et les textes védiques : c’est l’âge d’or qui suit immédiatement la création de l’homme, un temps d’innocence, d’abondance et de bonheur où l’homme possède la terre, qui lui fournit sans efforts tout ce dont il a besoin : « En l’absence de tout justicier, spontanément, sans loi, la bonne foi et l’honnêteté y étaient pratiquées. (…) La Terre elle-même, aussi, libre de toute contrainte, épargnée par la dent du hoyau, ignorant la blessure du soc, donnait sans être sollicitée tous ses fruits. » (Ovide) Bref, un Paradis dont l’homme a perdu la clé, d’où il fût chassé de par sa perversité et condamné à travailler comme châtiment. La notion de cet âge d’or reparaît de siècle en siècle, ne serait-ce que par nostalgie : les marins de Christophe Colomb pensent avoir découvert l’Eldorado où la fontaine de jouvence répare tous les méfaits de l’âge, Jean-Jacques Rousseau croit à un état de nature où les bons sauvages vivent dans la paix et la sécurité et Diderot célèbre encore les mœurs libres et voluptueuses des habitants de Tahiti.

2. la vision archéologique beaucoup moins éthérée, vise à déterminer l’origine et l’évolution de l’humanité à travers les vestiges que nous ont légués nos ancêtres. On peut également, dans cette vision, distinguer deux préhistoires, qui se font suite : la première, ou préhistoire ancienne, remonte au début de l’humanité, et se déroule pendant des centaines et peut-être des milliers de siècles pour céder la place à la seconde ou préhistoire moderne, lorsque les peuples les plus avancés connaissent l’écriture, soit trente siècles environ avant notre ère si l’on se réfère aux hiéroglyphes, treize siècles si l’on attend la création de notre alphabet.
L’archéologie est une science très ancienne, puisque sa première mention écrite remonte à Thucydide qui relate dans son Histoire de la Guerre du Péloponnèse la découverte de tombes antiques sur l’île de Délos, où l’on a pu, par l’étude des vêtements trouvés près des corps, déterminer l’origine ethnique des guerriers qui avaient envahi l’île. Elle prend ensuite sa source dans le monde des antiquaires, favorisée par la structuration des échanges commerciaux à la fin du Moyen-âge rendant les voyages plus faciles : C’est ainsi que Cyriaque d'Ancône (1391-1455), un humaniste italien, voyageur et épigraphiste a pu nous faire parvenir des copies de nombreuses inscriptions grecques et latines perdues depuis son époque ; il a été appelé le père de l'archéologie et fut le premier « savant » à redécouvrir des sites grecs antiques prestigieux tels que Delphes ou Nicopolis d'Épire. Lui succédèrent d'autres voyageurs, notamment dans le cadre des grands tours pratiqués par les jeunes aristocraties européennes qui incluaient souvent un voyage en Italie, en Grèce, et en Turquie, afin de visiter les hauts-lieux de la culture antique et d'en ramener des vestiges éventuels.

Cependant, les restes antiques étaient souvent considérés comme des champs de ruines où chacun se servait comme il voulait, soit pour son usage personnel, soit pour les revendre aux antiquaires et en tirer profit. Il a fallu attendre le XIXème siècle pour voir la France développer une archéologie gallo-romaine et mérovingienne, (Napoléon III, ayant lui-même lancé les fouilles sur le site d'Alésia, en Côte-d'Or), et apparaître de grands instituts archéologiques à l'étranger : l'Europe occidentale ayant pris activement part à la guerre entre la Turquie et la Grèce, cette dernière remercie notamment l'Allemagne et la France en autorisant la fondation des Écoles d'Archéologie (École française d'Athènes), et en cédant des concessions aux européens, afin qu'ils fouillent des grands sites. Delphes revient aux français, Olympie à l'Allemagne, par exemple.

Pour en revenir à notre sujet, le travail, il est logique de penser que l’homme, ayant acquis la position verticale, a découvert l’usage de ses mains, commencé à se fabriquer des outils et donc inventé le travail. Mais au temps des chasseurs-cueilleurs, cette notion n’existait pas encore de façon formelle : et ce sont les efforts acharnés de milliers de générations et la nécessité, pour nos ancêtres lointains de survivre, d’assurer leur descendance, de se nourrir, de se vêtir, de se défendre contre le froid, le chaud, les bêtes sauvages et les autres hommes qui ont fait évoluer leur situation. La domestication des animaux, la découverte de l’agriculture, les rapports amicaux ou hostiles avec les autres groupes ont fait naître des marchés, des moyens de transports, des coutumes et des lois non écrites, et entraîné peu à peu une division du travail : celle-ci a assigné des besognes différentes non seulement aux hommes et aux femmes, mais aussi aux spécialistes des différents groupes, et séparé dans chaque groupement chefs et sujets, maîtres et esclaves, travailleurs manuels et personnages plus intellectuels.

La fabrication des outils a été le premier élément déterminant

La fabrication des outils a été le premier élément déterminant : l’homme a utilisé successivement le bois (pour en faire des massues, puis des manches d’outils), les coquilles (comme instruments à gratter, à creuser et à couper, les os et la pierre, puis le cuivre, le bronze et le fer. C’est la découverte de ces outils, dans des fouilles près d’Abbeville qui a permis à Jacques Boucher de Perthes d’affirmer l’existence d’un homme antédiluvien, faisant de ce directeur des Douanes le père fondateur de l’archéologie française. Mais sa conception, qui venait à l’encontre de la théorie communément admise qui fixait à 4000 ans l’origine de l’homme a entraîné les foudres du milieu scientifique, et la valeur de ses travaux n’a été reconnue que peu avant son décès.

L’homme au temps de la préhistoire, nous apparaît déjà comme un être distinct des autres, avec sa vie propre, mais aussi un individu social, vivant en groupe par goût ou par nécessité. Ces sociétés ont évolué partout suivant le même schéma, mais à des rythmes différents, et l’on pouvait toujours voir il y a peu et peut-être encore maintenant, des groupes ethniques à ces différents stades de sociétés, ce qui a facilité leur étude et leur compréhension. La première société, la plus naturelle est la famille ‘père, mère et enfant) qui, en incluant plusieurs générations, devient « un clan » réunissant des membres liés par le sang, mais aussi des membres adoptifs, soit individus isolés cherchant une protection, ou des esclaves ayant d’abord été prisonniers de guerre. C’est un groupe extrêmement lié et solidaire, toute injure faite à un membre du clan devant être vengée par tous : il se définit souvent sous un nom emprunté à une plante, un animal ou, une rivière, ou toute chose tenue pour vivante, que les indiens d’Amérique appellent « totem » et qui est censé représenter l’ancêtre commun. Ce clan a des voisins, souvent rameaux détachés de la même branche : en cas de danger, ou si un chef réussit à s’imposer, les clans se fédèrent et l’ensemble formé devient « une tribu ».

L’organisation sociale, et donc celle du travail, dépend de la façon dont ces clans ont choisi de vivre : on peut distinguer des « peuples chasseurs », des « peuples pêcheurs ou navigateurs », des « peuples pasteurs » élevant bétail et volailles, et enfin des « peuples agriculteurs ». Tous sont au départ nomades, se déplaçant en fonction des saisons, du gibier ou de l’épuisement de la terre (les peuples pêcheurs un peu moins, car limités par leur dépendance de l’eau), mais les peuples agriculteurs se sont rapidement sédentarisés, en raison des champs et surtout des arbres qu’ils cultivaient et dont ils devaient attendre les récoltes. On remplace les huttes ou les cabanes par des maisons, on construit des bourgades, le sol cesse d’être libre et devient propriété, d’abord de la communauté du village (qui remplace celle du clan) puis de l’individu et de sa famille.

La société, souvent matriarcale dans de nombreuses régions (le mari allant vivre chez sa femme et devenant membre de son clan, les gendres étant souvent avantagés par rapport aux fils : Ménélas et Agamemnon succèdent comme rois à leur beau-père, les premiers rois de Rome nomment leur gendre comme héritiers) devient par la suite progressivement patriarcale, avec héritage masculin et droit d’ainesse.

Plus ou moins rapidement arrive le temps des grandes propriétés, la propriété foncière, devient la base de la société, le clan ne devient plus qu’un pieux souvenir pratiquant le culte des ancêtres. Si un chef militaire parvient à faire triompher son totem, c’est la naissance d’un grand empire ; sinon, et surtout dans les pays montagneux, c’est autant de villes, autant de petits états souverains.

A côté des propriétaires fonciers et des esclaves apparaît une catégorie des prolétaires : cadets de famille sans biens en raison du droit d’ainesse, étrangers bannis de leur ville ou petits artisans : c’est la fin de la préhistoire et le passage progressif vers les civilisations antiques.

Le travail dans l’Antiquité

Pour les grecs comme pour les romains, la répartition des tâches entre les individus visait essentiellement à affirmer leur place dans une structure sociale à la préserver et à la renforcer.

L’idée, selon laquelle, dans l'Antiquité, le travail était l'apanage des esclaves, tandis que les hommes libres vaquaient à d'autres occupations, et notamment à leur « métier » de citoyen, s'est largement répandue à l'époque moderne. Les Grecs utilisaient deux significations opposées pour qualifier le travail. Toutefois, le mot n’existe pas en temps que tel, ils utilisent les termes activités, métiers ou tâches à travers 2 mots : Ergon ou Ponos.

 Ergon désigne une activité laborieuse de travail, mais avec la notion d’œuvre, d’ouvrage, de fonction propre à quelqu’un qui lui produit un intérêt et lui procure des ressources, d’œuvres dignes d’être célébrées (art, hymnes, culte). Cela concerne surtout les travaux des mers, des murs, des repas, ceux des hommes de l’art et l’art militaire, en somme, toutes les nobles œuvres des hommes et des Dieux.

Ponos désigne la peine, la fatigue et l’effort. Il concerne les travaux des combats, des esclaves et de l’enfantement, ceux-ci entraînant souffrances, maladies et guerres. Ce sont toutes les activités s’attachant à la nécessité. Hannah ARENDT, dans son ouvrage ”La condition de l’homme moderne” nous explique : « Dire que le travail et l'artisanat étaient méprisés dans l'antiquité parce qu'ils étaient réservés aux esclaves est un préjugé des historiens modernes. Les Anciens faisaient le raisonnement inverse: ils jugeaient qu'il fallait avoir des esclaves à cause de la nature servile de toutes les occupations qui pourvoyaient aux besoins de la vie. C'est même par ces motifs que l'on défendait et justifiait l'institution de l'esclavage ».

L'institution de l'esclavage dans l'antiquité, au début du moins, ne fut donc ni un moyen de se procurer de la main-d’œuvre à bon marché ni un instrument d'exploitation en vue de faire des bénéfices; ce fut plutôt une tentative pour éliminer le travail des conditions de la vie. Ce que les hommes partagent avec les autres animaux, on ne le considérait pas comme humain. Aristote qualifiait l’Ergon « d’activité qui convient à un bon citoyen prenant part à la vie de la cité » . Il disait aussi que « la cité organisée appartient à ceux qui ne travaillent pas nécessairement pour vivre ». Platon, quant à lui, affichait un mépris aristocratique pour toutes les œuvres autres que celles de l’esprit.

 Les esclaves des mondes grec et romain étaient là pour travailler, et souvent pour travailler dur. Cependant, on peut penser que, dans le monde romain (et la même chose pourrait être dite du monde grec), la plus grande partie du travail était effectuée par des hommes libres. On considère en effet le plus souvent que les trois quarts ou les quatre cinquièmes de la population de l'Empire romain (évaluée à 60 millions d'habitants entre le 1er et le IIe siècle après JC) travaillaient dans l'agriculture. Pour que les esclaves accomplissent plus de la moitié du travail requis par l'ensemble de la société, il faudrait que plus de 40 % de la population soit composée d'esclaves, et d'esclaves paysans ou d'esclaves bergers. Or, si les Romains ne nous ont transmis aucun chiffre à ce sujet, les historiens proposent des estimations toujours inférieures à ce chiffre, certains descendant même entre 15 et 20%.

Voyons les deux domaines surtout concernés par l’esclavage, en dehors du service domestique et des esclaves des mines : l’agriculture et l’artisanat.

L’agriculture : Citons surtout l’exemple de la « villa ». Ce mot, qui signifie plus largement « domaine rural », est employé pour désigner un modèle spécifique d'exploitation agricole largement répandu en Italie centrale et méridionale, exploitations plus ou moins étendues : parfois une dizaine, une vingtaine ou une cinquantaine d'hectares, parfois plus, mais sans atteindre des dimensions gigantesques. Les auteurs latins qui ont écrit des traités sur la gestion des terres et qu'on appelle les « agronomes », Caton l'Ancien, Varron ou Columelle nous en exposent le fonctionnement et donnent à ce sujet des conseils à leurs lecteurs, c'est-à-dire aux propriétaires fonciers.

La villa romaine comprend généralement deux parties : la partie résidentielle (la pars urbana) réservée aux propriétaires de la villa et la partie agricole (la pars rustica). Ces parties sont plus ou moins développées selon que l’exploitation est habitée ou non par les propriétaires. Dans la villa, diverses cultures sont pratiquées car les paysans, libres ou non, vivent en partie de ces productions. Quand le domaine ne se trouve pas très loin des côtes, il est souvent voué aux cultures arbustives, vigne et olivier, car le vin et l'huile font l'objet d'un important commerce.

La main-d’œuvre permanente des villas se compose d'esclaves, ce qui les a fait qualifier de villas « esclavagistes ». Les esclaves y sont commandés par un régisseur, lui-même asservi, le vilicus. Personnage important, le régisseur appartient à l'élite des esclaves.

Des douze livres que comprend son traité, Columelle en consacre un entier au régisseur et un autre à sa femme, la vilica. Il écrit que le régisseur tient la place du maître et le compare à un officier commandant des troupes dans une bataille. Le vilicus fait en effet exécuter les ordres du maître, doit aussi diriger et surveiller les travaux, acheter ou emprunter le matériel nécessaire à l'exploitation, les vêtements des esclaves et la nourriture non produite sur le domaine. En outre, il a un rôle de maintien de l'ordre. La grande originalité du système, c'est que les esclaves y travaillent collectivement. S'ils sont nombreux, ils sont regroupés en équipes qu'on appelle parfois les décuries, sous les ordres d'autres esclaves, les chefs d'équipe monitores. On peut donc parler d'« esclavage par équipes ». Dans la villa, la présence d'une main-d’œuvre servile a donc conduit à élaborer une organisation spécifique du travail.

Certains esclaves, sans qualification particulière, s'occupent de récolter les olives où des vendanges. Les autres entretiennent le bétail qui assurait les labours et les transports, actionnait la meule, et dont la viande était consommée. Il y a donc des bouviers, des porchers, des âniers et un berger. L'élevage proprement dit était pratiqué dans des domaines à part. Mais les villas ont besoin d'une main-d’œuvre saisonnière pour la récolte des olives, les vendanges ou les moissons. Or l'utilisation d'esclaves durant quelques mois n'est pas rentable. Les propriétaires font donc appel à des salariés libres : des petits paysans des alentours ou des bandes de travailleurs libres embauchés dans des régions plus distantes. Les paysans des environs sont soit de petits propriétaires qui complètent leurs ressources par ce type de salaires (la pluriactivité), soit des fermiers ou des métayers, qui, le plus souvent, ne possèdent pas eux-mêmes de terres. En effet, certains propriétaires, pour des raisons diverses, choisissent de diviser leur exploitation en lots plus ou moins grands qu'ils donnent à ferme. Même en Italie centrale et méridionale, la main-d’œuvre agricole ou travaillant dans l'élevage n'est donc pas uniquement composée d'esclaves.

Il y a d'ailleurs eu, et il y a encore, des débats sur la diffusion du modèle de la villa esclavagiste. Certes, la place que les agronomes accordent à ce type d'exploitation dans leurs traités montre son importance sociale et économique. Mais cela ne signifie pas qu'on l'ait pratiqué partout dans le monde romain. En Gaule, Belgique ou Lyonnaise, en Bretagne antique, en Égypte, la place de la villa esclavagiste et le rôle économique des esclaves dans l'agriculture sont certainement moins importants qu'en Italie, et surtout qu'en Italie centro-méridionale. En Égypte notamment, la place du travail servile est très réduite, notamment en agriculture, comme le montre le dossier papyrologique dit d'Héroninos, qui concerne un immense domaine du IIIe siècle après J.-C. appartenant à un chevalier nommé Appianus ; Dominic Rathbone (Professeur au King Collège de Londres) a montré qu'il y avait dans ce domaine trois catégories de paysans, dont une seule, celle des paidaria (employés subalternes qui, sur ce domaine, travaillaient surtout dans l'administration), était probablement constituée d'esclaves ; et il s'agissait d'une catégorie peu nombreuse par rapport aux deux autres. En Égypte, le nombre des esclaves ne dépassait pas 10 % de la population.

L’artisanat : L'artisanat occupe une place particulièrement importante dans la société romaine. Facteur économique non négligeable, c'est une source de revenus pour une bonne partie de la population. C'est aussi une chaîne de productions de biens et de ressources qui assure les bases de la vie quotidienne des Romains.

L'artisanat se développe dès l'époque royale et concerne des domaines très variés : artisanat du bois (objets se la vie courante, meubles, chariots, bateaux), métallurgie (armes, outils ou vaisselle en métal, lampes à huile, clefs), la sidérurgie (armes, clous, forgerons), la tabletterie (objets en os, jetons pour les jeux, boutons, aiguilles), travail du cuir (tanneries, chaussures, ceintures), le textile (activités très variées), le verre (moins courant), la céramique.
On trouve donc de nombreuses différences de conditions ou d’organisation d'un secteur à un autre ou même d'une région à une autre. Parmi les productions qui ont subsisté, certaines portent des marques, des inscriptions peintes ou des graffitis. Ces marques, également appelées « estampilles » ou « timbres », étaient imprimées dans l'objet avant sa cuisson.

Le produit fabriqué romain que l'on connaît le mieux, la céramique, se divise en plusieurs espèces. D'une part, la céramique fine, utilisée comme vaisselle de table, le plus souvent recouverte d'un revêtement argileux, vitrifié ou non, qu'on appelle vernis : on nomme généralement « sigillée » cette céramique), d'autre part, la céramique commune, qui, dans la plupart des cas, ne comporte aucun revêtement. Les marques présentes sur les céramiques sont très utiles pour connaître l'identité des potiers et l'organisation de la production.

L’artisanat de l’Empire romain est à l’origine de nos corporations

L’artisanat de l’Empire romain est à l’origine de nos corporations. De conditions variées, mais, à la fin de l’Antiquité, de toute façon travailleurs asservis (même s’ils ne sont pas esclaves), les artisans suscitent un mépris aristocratique général. La tradition de la noble activité (otium) ne leur reconnaît aucune existence sociale sauf, peut-être pour quelques artistes.

A la fin de l’Empire, la pensée chrétienne reconnaîtra l’honnêteté des métiers adaptés aux besoins de l’homme. Saint Augustin distingue alors les métiers infâmes (voleur, cocher, gladiateur et comédien), les métiers peu honorables (négociants) et les métiers tolérés (artisans et paysans) qui laissent l’âme libre pour se consacrer à Dieu. Pourtant, les artisans ne partagent pas ce discrédit et sont plutôt fiers de leur métier et de leurs ouvrages.
Ils se regroupent en associations professionnelles (collégium ou corpus) qui leur procurent une vie sociale avec une organisation interne. Interdites par l’Etat de peur des revendications, ces associations sont ensuite tolérées et même reconnues. Au IIIème siècle, les collèges sont transformés en organismes d’état dont le recrutement est forcé et héréditaire. Ceci afin d’assurer le ravitaillement des grandes villes comme Rome ou Constantinople. La charge devient alors très lourde et de nombreux citoyens essaient de se soustraire à la condition d’artisan. Pour lutter contre cette fuite, l’Etat favorise, par des exemptions fiscales, les métiers d’art. On voit aussi apparaître une réflexion juridique quant à la propriété de l’œuvre.
Ces métiers (construction et céramique) bénéficient alors des nouvelles avancées techniques. Mais, il existe peu de liberté de création, la doctrine de l’imitation favorisant plutôt la copie.

Quelques mots du commerce : Le commerce de proximité est un facteur essentiel de l’économie romaine. Dans la majorité des cas, les marchandises vendues sont produites ou fabriquées par ces mêmes commerçants. Nombre de boutiques ou d'étals proposent des produits agricoles venant généralement de la campagne environnante.
Les boutiques romaines accueillent de nombreux types de commerces. Artisans et commerçants s'installent dans des échoppes (souvent une seule pièce donnant sur la rue) et proposent leurs services, les produits qu'ils importent ou les biens qu'ils fabriquent. Mais les étals débordent sur la rue, où circulent véhicules et piétons ; des échoppes ambulantes viennent aussi s’appuyer sur les murs des habitations, rendant la circulation difficile dans Rome jusqu’à leur interdiction par l’empereur Domitien. Les places publiques ou forums comportent également des boutiques ou des marchés (dont pour l’anecdote à côté du marché à usage alimentaire un marché aux cuisiniers où l’on peut louer son cuisinier à la journée pour ses réceptions).

Les Romains importent et exportent. Des voies commerciales se développent et plus particulièrement les voies navigables : voies fluviales et maritimes. Enfin, les Romains développent un système bancaire simple, archaïque même mais cohérent et pratique. Les banques sont dans la presque quasi-totalité entre les mains d'entrepreneurs particuliers qui travaillent pour leur propre compte. Fonctionnant comme des commerçants, ces banquiers vendent, en parallèle des opérations bancaires, des services (comme par exemple le change) qui leur assurent une stabilité financière et une indépendance envers leurs débiteurs.

L'économie romaine connaît parfois des périodes de crises sévères. Ainsi, en 301, Dioclétien tente d'enrayer l'inflation galopante. Pour ce faire, il crée l'Edit du Maximum visant à contrôler les prix. Mais cette action sera sans effet. Les monnaies romaines, liens essentiels dans cette économie connaissent une longue évolution et des fluctuations accompagnant les aléas politiques et économiques du monde romain. Très diversifiées, elles sont souvent un bon indicateur de l'état de santé de l'Empire romain et de son économie.

Le partage de l’Empire puis les invasions barbares entraîneront le déclin progressif de l’Empire : c’est la fin de l’Antiquité et l’avènement du Moyen-Age et de son système féodal.

( Fin de la 1ère partie. A suivre . . .)

Gilbert Denèle





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