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Une famille de marins Dunkerquois au XIXème siècle

L'excursion récente à Dunkerque, remarquablement organisée, nous a d'autant plus intéressée qu'elle comportait la visite, au musée portuaire, d'une exposition sur le thème du commerce maritime en Mer du Nord. Elle évoquait pour nous la vie de nos ancêtres BREYNAERT, et ce qu'a expliqué la conférencière, nous l'avons retrouvé, pour une certaine période, dans les archives familiales. Nous sommes heureux de vous transmettre un document concernant un certain Jean-Cornil WINNAERT, beau-père de François BREYNAERT, notre arrière grand-père. Il relate la vie de ce dunkerquois et la destinée de ses descendants, document écrit par son petit-fils Louis WINNAERT, et transmis par son fils à son cousin Louis BREYNAERT, lui aussi arrière petit-fils de Jean-Cornil.

Voici ce texte :

« Du côté paternel, en dehors de mon grand-père Jean-Cornil WINNAERT, c'est le noir absolu. Je sais que le pauvre cher homme, qui entoura mes plus jeunes ans, fut un humble et un vaillant. Né en 1789 à NIEUPORT (Flandre) alors sous la domination révolutionnaire, il connut dès le plus jeune âge de durs labeurs ; à 7 ans ½, il partait à la morue sur un dogre hollandais.

dogre

Mais les armées françaises avaient envahi les Pays-Bas, et grand-père était venu se fixer à DUNKERQUE pour continuer son métier de pêcheur. L'armement des corsaires pour courir sus à l'Anglais, l'éternel ennemi, lui révéla sa voie. Il connut à l'envie, et l'ivresse des succès, et la tristesse de la défaite. Il connut les horreurs des pontons anglais, et le souvenir des souffrances subies dans ces bagnes avivait, à cinquante ans de distance, sa haine de l'ennemi héréditaire. A force de volonté et de souplesse, il sut pourtant, parce qu'incomparable nageur et familier des langues du nord, se laisser, au cours d'une corvée, glisser à la rivière et gagner entre deux eaux un navire Danois mouillé devant CHATAM. Recueilli et soigné, il put rentrer en France. Marié en 1812, il se fixa à DIEPPE pour y continuer sa vie aventureuse de corsaire. C'est à Dieppe que sont nés ses deux premiers fils. Revenu à Dunkerque à la 1ère abdication, il reprit son métier de pêcheur de morue. Il s'y fit bientôt remarquer et choisir comme maître. Le 1er avril 1815, mon père naissait, 3ème fils d'une famille qui devait compter 11 enfants : 7 fils et 4 filles. 1 fils et 2 filles moururent en bas-âge. Six garçons restants furent marins : sauf mon père, tous dorment fans les flots de la mer leur dernier sommeil. »

Louis WINNAERT donne alors des précisions sur l'apprentissage des jeune dunkerquois :

« Selon la tradition d'alors, dans les familles de marins de chez nous, les questions de carrière ne s'élevaient pas : les enfants, dès que leurs forces le permettait, suivaient leur père. Suivant la situation des familles, le plus ou moins de gêne qui régnait, les jeunes prenaient la mer entre 6 et 12 ans. La 1ère communion marquait la date extrême des débuts. Les pères inculquaient aux enfants les principes élémentaires qu'ils possédaient eux-même : lecture, écriture, calcul élémentaire. Pendant les périodes de désarmement, pendant l'hivernage, après le travail du jour, l'école du soir , correctement suivie, améliorait la formation, et préparait les jeunes gens, après plusieurs mois de cours, au brevet de capitaine qui comportait le genre de navigation pratiqué ou envisagé : il suffisait de deux campagnes effectuées comme officier (lieutenant ou second) pour exercer un commandement…

Les marins, ainsi formés, savaient être tout : charpentiers, calfats, gréeurs, forgerons à l'occasion. De par la force des choses, une fois le port d'armement quitté, c'est à eux que revenaient tous les soins, et notamment celui de se défendre contre ceux qui cherchaient à exploiter leur isolement et :leur faiblesse. Et le plus souvent, ils se montraient aussi fins, aussi sagaces en affaires, que marins irréprochables. »

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Photo CUVELIER

Ce portrait type de marin devait être celui de Jean-Cornil WINNAERT et de ses fils dont nous trouvons l'odyssée dans la suite du récit écrit par les fils du seul survivant de la fratrie. Certains des frères WINNAERT avaient subi la terrible tempête d'Islande en 1839 où 800 marins avaient péri et 40 navires sombré. Ils n'en reprirent pas moins leur métier et l'aîné périt près de Rye en Angleterre , son navire chargé de vin surpris par la tourmente . le deuxième, gabier, embarqua sur la frégate « la Melpomène »qui faisait le service du courrier entre Toulon et l'Algérie. En 1832, à peine âgé de 18 ans, il tomba à la mer près des Baléares, et, bien qu'assis sur une bouée de sauvetage jetée par ses camarades, il fut abandonné sur ordre du capitaine. Quelques années auparavant, Jean-Cornil avait embarqué avec trois de ses fils. Sauvé d'un naufrage dramatique au large de l'Angleterre, il revint avec un seul fils et repartit une nouvelle fois avec ceux qui lui restaient.

Il faut aussi retracer brièvement les débuts dans le métier de Louis WINNAERT, le seul survivant, racontés par son fils : « C'est en 1826, c'est-à-dire à l'âge de 10 ans ½ que mon père fit son premier voyage sur le dogre "Auguste" que commandait son père. Ce vénérable navire ne comptait alors que 103 ans ! ». on apprend ensuite qu'en 1839,il quitta Dunkerque sur " la Frena" de la maison Collet-Taverne. Navire neuf, la plus belle unité du port sur laquelle il subit la terrible tempête de 18 jours qui fit tant de victimes. A l'accalmie, il eut la joie de revoir son père et son frère aîné sains et saufs. Le frère aîné disparut peu après ; l'hiver 1839-40 laissa mon père seul fils de ses parents. Le 6ème fils avait péri, on ne sais où.

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Photo CUVELIER

Mais remarque Louis WINNAERT : « Le sort de leurs enfants b'a pas retenu, ni arrêté l'amour de leur métier ni chez mon cher papa. Il a fallu, pour que grand-père (Jean-Cornil) alors âgé de 65 ans, consentit à se reposer, que mon père s'oppose avec énergie à une nouvelle campagne. »

Pourtant, à la lecture de ce document, on peut comprendre les réactions de Delphine WINNAERT, fille de Jean-Cornil, sœur des disparus en mer et épouse de François BREYNAERT . Leur petit-fils Louis BREYNAERT en nous transmettant ce récit y avait ajouté quelques-uns de ses propres souvenirs : « Je donne tous ces détails pour expliquer pourquoi ma grand-mère Delphine conserva une grande aversion pour la mer. Elle s'opposa violemment au mariage de ses deux filles Marie et Delphine qui avaient été demandées en mariage par des capitaines au long cours. Elle détourna ses fils de la profession de marin. Elle fit renoncer son mari aux voyages lointains et mon grand-père termina sa carrière comme pilote au port de Dunkerque en 1881. »

Effectivement, les filles de Delphine ne se marièrent pas. Ses fils ne furent pas marins, mais l'un fur ingénieur TPE au port, l'autre médecin. Ils restèrent à Dunkerque, ville qui les avait vu naître et à laquelle, leur vie durant, ils se dévouèrent, perpétuant les traditions héritées d'une longue lignée de marins.

Michel et Marie Thérèse BREYNAERT

note manuscrite

Note manuscrite de Louis BREYNAERT





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