Édouard Pignon – le peintre à contre courant

Édouard Pignon, Bully-les-Mines (1905 – 1993)

Le peintre à contre courant

Edouard Pignon - Portrait

La vie d’Édouard Pignon, enfant de Marles-les-Mines, a été longue (1905-1993), et sa production artistique abondante et diversifiée (peinture, sculpture, mosaïque). Fils d’une famille de mineurs syndiqués et combatifs, il rompt avec la fatalité qui veut qu’un fils de mineur devienne mineur en partant vivre à Paris en 1926. Il a pour objectif de devenir peintre, et, pour que son rêve devienne réalité, il doit accepter d’enchaîner des travaux pénibles et peu valorisants pendant plusieurs années. Le temps libre qui lui reste est bien utilisé. Il parfait sa pratique artistique en fréquentant les cours de l’école d’art Germain Pilon, il côtoie assidûment les grandes œuvres du Musée du

tableau Edouard-Pignon-autoportrait
Édouard Pignon – autoportrait

Louvre, et surtout, il s’inscrit à l’Université Ouvrière où il suit des cours de littérature, de philosophie et d’économie politique. En 1933, Pignon franchit un nouveau pas décisif : alors que depuis 1930 il adhère à la CGTU (Confédération Générale du Travail Unitaire), il prend sa carte au PCF (Parti Communiste Français). Le fils de mineur, nanti de son seul Certificat d’études primaires en partant de Marles-les-Mines, est à présent un homme riche du bagage intellectuel indispensable à l’artiste qu’il veut être. Il sait peindre, sait ce qu’il veut peindre et pourquoi il veut le peindre. Sa longue carrière se met en route.

L’œuvre de Pignon se déroule par « séries », longues d’une ou plusieurs années, parfois récurrentes et qui traitent toutes d’un sujet différent : Ostende, Les Mineurs, L’Olivier, Les Combats de coqs, Les plongeurs, Les Rendez-vous d’Antibes, Les Hommes de la Terre, Haute Tension. A chaque fois, ces séries confrontent l’artiste à une problématique différente : par exemple la stylisation des formes dans « Ostende », l’intériorité des portraits dans « Les Mineurs », l’énergie explosive dans « Les combats de coqs », série pour laquelle il revient régulièrement à Marles faire des croquis dans un gallodrome.

tableau Pignon-combat-de-coqs
Combat de coqs – Musée Pompidou

Il est cependant une œuvre qui échappe au principe de la série. Il s’agit de «L’Ouvrier mort », tableau que Pignon peindra à 2 reprises, en 1932 et en 1952. Ce tableau fait resurgir un traumatisme ancien de l’artiste, témoin du coup de grisou de la Clarence, alors qu’il était âgé de 7 ans. L’ œuvre, par sa force et son silence intériorisé, revêt un caractère universel et intemporel. Cet ouvrier, détruit par la dureté de son travail, est de tous les pays et de tous les temps.

Tableau d'Édouard Pignon - l'ouvrier mort (
Édouard Pignon – l’ouvrier mort (1936)

La préoccupation du monde ouvrier guide la vie et l’œuvre de Pignon. Il revendique l’appellation d’artiste engagé, mais refuse avec raison celle de peintre communiste. En effet, il résiste aux directives du PCF qui attend de lui qu’il se soumette aux consignes du Réalisme Socialiste qui n’admet des artistes communistes que des œuvres glorifiant la classe ouvrière. Pignon est trop libre pour servir toute propagande, quelle qu’elle soit. A « contre-courant », il est à maintes fois critiqué par son propre parti qu’il quittera en 1980 après l’invasion de l’Afghanistan par les chars soviétiques. A contre-courant, il le sera aussi en peinture, puis qu’il restera à l’écart de tous les mouvements qui vont se développer au XXème siècle et résistera à la tentation de l’abstraction pour lui préférer une figuration qui lui est propre, à la ligne forte et aux couleurs puissantes.

tableau Edouard-Pignon-louvrier-mort_1952
Édouard Pignon – l’ouvrier-mort (1952)

Pignon meurt en 1993, laissant derrière lui une œuvre colossale, à l’image du travailleur acharné qu’il fut. Reconnu au plan national et international, il est une figure majeure de notre région.

Voir sur le site de l’INA “Mémoires des mines” Interview Édouard Pignon


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Daniel Blondeau – Des terrils du Nord aux soleils de la Riviera.

Daniel  Blondeau, Verquigneul  (1909 – 1992)

Daniel-Blondeau-portraitFils d’un mineur du bassin houiller de Béthune, il connait un début de vie difficile, adouci par de brillants succès scolaires et son attirance vers les arts.
A sa sortie des Arts et Métiers de Lille, il débute une carrière d’officier du Train puis s’oriente vers l’enseignement.

A partir de 1949, il s’adonne avec passion en tant qu’amateur à la peinture. En 1951 il s’installe sur la Côte d’azur, loin de sa famille qui lui manque. Commence alors un période d’intense création inspirée par la lumière et la douceur du sud.

Peinture de Daniel Blondeau
Noirs (1951) – Des terrils du Nord aux soleils de la Riviera

Il va peindre sans relâche des portraits, des paysages, des œuvres délivrant un message, soit implicitement (comme la Chasse à courre) soit par un symbole (Noirs). Mais, en 1952, les aléas de la vie referment la lumineuse parenthèse et l’oblige à se consacrer uniquement à l’enseignement et à sa famille.

Tableau de Guyemer
Guynemer (1951)

Vingt-huit tableaux en trois années. Elles seront les années de création de Daniel Blondeau où il peindra pratiquement toutes ses toiles dans des conditions matérielles difficiles, avec pour atelier à Tarbes un grenier étouffant l’été et glacial l’hiver, puis la chambre d’un hôtel meublé proche de son lycée à Cannes.

La Folie entrainant aux Horreurs de la Guerre (1951)

Sa signature : un cœur rouge brisé sous les valves. (Citation dans “Le Delarge, Dictionnaire des arts plastiques et contemporains”).

Tableau "L'enfant à la colombe"
L’enfant à la colombe (1952)

Daniel Blondeau referma son échappée fulgurante dans le monde de l’Art en 1952. Se sentant incompris à l’époque dans sa manière symboliste de s’exprimer, il referma cette échappée pour se consacrer, avec une rare conscience professionnelle à son métier d’enseignant. Il ne s’était adonné à son art que pendant 3 ans. L’œuvre créative de Daniel Blondeau est une fulgurante et bouleversante parenthèse dans la vie d’un homme qui a su accepter en silence sa destinée. Il s’éteint en 1992.

Tableau l'appel du large
L’appel du large (1952)

Aujourd’hui, l’École de l’air de Salon de Provence a accepté en 2010 le don du tableau “Guynemer” (1951). En 2017, deux de ses œuvres “La Folie entraînant aux horreurs de la guerre” (1951) et “L’enfant à la Colombe” (1952) sont entrées dans les collections du Musée La Contemporaine (ex BDIC), d’abord en l’Hôtel National des Invalides, depuis octobre 2021 à l’Université de Nanterre. Don en 2020 au Musée de Matsuyama (Japon) du ‘Portrait de la mère de l’artiste ” exécuté au fusain.


Pour en savoir plus sur Daniel Blondeau . . .

Interview de sa fille Danièle Montigny-Blondeau :
Dans l’univers de l’artiste-peintre

Le site  Verquigneul.livegalerie.com, présente les œuvres de Daniel Blondeau classées par thèmes et sa biographie détaillée.


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René Évard

René Évard (1898-1985)

La reconstruction des régions détruites par la Guerre de 1914-1918 a attiré de nombreux architectes vers notre région et notamment  la ville de Béthune.

Né à Bienne, au Nord de la Suisse non loin de la frontière française,  en 1898 René Évard va faire ses études au Technicum de cette ville. Il obtient le diplôme d’ingénieur architecte, spécialiste du béton.

Il traverse la frontière en 1921 avec ses valises pour tenter sa chance à Béthune.  Il a 23 ans.
Il lui faut se loger. Il choisit un hôtel en plein centre de la ville : « l’hôtel du Lion d’Or », 4 rue du collège  (actuellement rue Henri Pad).

Affiche Hotel du Lion d'orC’est le Café-Hôtel tenu par Monsieur Deweppe-Belval dont il va épouser la fille Aline en 1922.

Il participe alors à la reconstruction de Béthune et environs. Il y développe son talent et laisse de nombreux édifices caractérisés par un style où prédomine l’art déco.

René Évard est devenu rapidement un vrai béthunois. Il s’y fait de nombreux amis et participe activement à la vie de la cité.
C’est aussi un artiste reconnu qui ne cessera de peindre comme son ami architecte Léon Guthmann.
La Confrérie des Charitables de Béthune est très fière de l’avoir compté parmi ses membres.
En 1969, il décide de prendre sa retraite à Mandelieu où il décédera en 1985.

Son fils André Évard et plus tard son petit-fils Frédéric, architectes des Bâtiments de France, hériteront de son goût pour l’architecture.

Les réalisations de l’architecte :

Plan projet de la mairie

 

René Évard va participer au concours pour l’édification du nouvel Hôtel de Ville de Béthune en 1925.

Il sera classé troisième dans cette compétition, derrière Decaux et Guthmann, Alleman ayant été gratifié d’une mention spéciale.

 

plan-projet de la mairieUne construction importante sera réalisée en 1928 par René Évard ;

gravure du palais de justice Il s’agit d’un bâtiment qui réunira « la justice de Paix »  et les « cours municipaux » situé à l’angle des rues  Henri-Pad et Edouard-Herriot.


René Évard, va déployer son talent dans la construction de plusieurs maisons de commerce et d’habitation à Béthune.

Immeuble angle de l’avenue Jean-Jaurès et Aristide Briand
Angle de l’avenue Jean-Jaurès et Aristide Briand.

angle de la place Clemenceau et de la rue E- Zola
Angle de la place Clemenceau et de la rue E- Zola : ancienne parfumerie devenue « Catimini »

Avenue de Washington : maison de M. Descamps.1939
Avenue de Washington : maison de M. Descamps (1939)

garage cars artesiens
Gare des Cars Artésiens

station-service actuellement démolie, Route de Lille .Mont de Quinty
Station-service (actuellement démolie), Route de Lille – Mont de Quinty

LE PEINTRE

Comme beaucoup de béthunois, Monsieur René Évard va suivre les cours de Peinture de Monsieur  Caplier, peintre roubaisien. (auteur du tableau exposé à la Chambre des Charitables daté de 1935).  Il va y rencontrer son confrère et ami Léon Guthmann.

Peinture-rene-evard
Peinture de Rene-Evard

En outre, l’architecte préside aux  destinées de la Société photographique de l’Artois.

René Évard-Deweppe est élu à la Confrérie des charitables en 1926. Il est nommé chéri bien aimé. Il reçoit la médaille d’argent de la Confrérie en 1928, la médaille de vermeil en 1939 pour services exceptionnel. Il vient en effet de dessiner et suivre les travaux du parc de Quinty en 1927. Mayeur en 1944, il est décoré de la médaille de l’encouragement au bien en 1947.

Parc Quinty

 

Qui était René Évard

René Évard, un Suisse devenu Béthunois, qui a su participer à la vie de Béthune, comprendre sa population, ses coutumes.

René Évard, l’architecte agréé laisse dans tous les coins de Béthune un témoignage de son talent, des immeubles imprégnés de l’art déco qui fait le charme de notre cité avec ses balcons, ses terrasses, ses vitraux, ses lignes géométriques.

René Évard méritait bien que soient évoqués son souvenir et les œuvres qu’il nous a confiées.

André Delhaye


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Léon Guthmann

Léon Guthmann (1885-1975)

Photo de GuthmannLéon Guthmann est né en 1885 à Limoges
Son grand père, originaire de Fessenheim, vient s’établir à Limoges dans les années 1840 et appartient par la suite à la gendarmerie impériale. Son père alors sous-ingénieur des Ponts et Chaussées sera ensuite muté à Périgueux avec le grade d’Ingénieur.
Léon fréquente le lycée de Périgueux où il obtient le baccalauréat section philosophie.

Un architecte de la ville lui recommande de suivre des cours d’architecture. Il entre à l’École des Beaux-arts à Paris où il fréquente l’Atelier de Victor Laloux, membre de l’Institut (architecte notamment du palais et de la Gare d’Orsay ainsi que de la Mairie de Roubaix). Il en sort en 1910 architecte « Diplômé par le Gouvernement» (DPLG).
Il y rencontre et se lie d’amitié avec Robert Largesse, fils d’un entrepreneur marbrier du Havre, qui suit la section sculpture dans la même école.
Il collabore au Cabinet d’architecture Dubois d’Auberville et participe à l’édification de l’Hôtel Lutétia à Paris. Il crée notamment le motif des guirlandes de roses qui ornent la façade de cet Hôtel et qu’il fera reproduire par son ami Largesse sur la façade de la maison qu’il fera réaliser à Béthune, rue Gambetta.
Léon Guthmann réussit un concours qui fera de lui l’architecte de la Préfecture de Police de Paris, fonction qu’il exercera jusqu’à la guerre 1914.

Il est alors affecté au 250éme Régiment d’Infanterie de Périgueux. Sous-lieutenant il sera blessé près de Bapaume à Moulin-sous-Touvent en septembre 1914.
Blessé à nouveau en 1915, il est «réformé partiel» et nommé instructeur de la classe 1916. C’est à Sens dans le Génie qu’il reçoit le grade de lieutenant.
La Paix revenue, il envisage de revenir à Périgueux. Mais il lui est conseillé de rejoindre le Nord qui est à reconstruire et notamment Béthune. A cette époque des sociétés coopératives de reconstruction sont créées. La plupart des architectes s’associent pour travailler pour ces sociétés.

Voilà Léon Guthmann qui s’installe au« château du Perroy » avec plusieurs confrères pour fonder le cabinet de Messieurs Alleman – Bocsanyi – Capelle – Gillon -Guthmann – Raynaud, architectes DPLG, agrées des communes.

reçu
Reçu à entête du cabinet

En 1921 un cabinet Alleman – Gillon – Guthmann est ouvert 13 Place Marmottan à Béthune. Dans cet immeuble de nombreux collaborateurs, dessinateurs travaillent autour des projets préparés par les architectes. Chaque architecte y développe le talent qui le caractérise.

photo de la maison de l’architecte Léon Guthmann
Maison de l’architecte Léon Guthmann rue Gambetta

Léon Guthmann vers 1922 achète un terrain rue Gambetta et y construit sa maison qu’habitera ensuite le Docteur Georges Fruchart à partir de 1939.
L’examen des immeubles construits sur Béthune par Léon Guthmann démontre la variété des styles qu’il a su développer. Hors de Béthune, il reconstruit les églises de Hinges, St Venant, St Floris.
Ce sera un habitant bien intégré à Béthune. Il va aussi démontrer ses talents de peintre. Reconnu pour son sérieux, il sera très souvent désigné comme architecte expert par le Tribunal.
En 1937, il décide de rejoindre Périgueux où il va continuer à exercer ses talents d’architecte. Il sera notamment chargé par la ville de Périgueux de la construction d’un centre de vacances à Biarritz et pour cette réalisation il va demander à son ami architecte de Béthune Monsieur Evard de l’assister.
Il participe aussi après la deuxième guerre à la reconstruction du bourg de Rouffignac en Dordogne qui avait été incendié par les troupes allemandes.
C’est en 1975 que décède Léon Guthmann.

Les immeubles construits à Béthune :

Plusieurs immeubles ont été construits notamment dans le cadre de la reconstruction de Béthune par cet architecte.

Hôtel-du-vieux-Beffroi sur la grand-place
Hôtel du vieux Beffroi – Grand Place

Immeuble Mlle Fournier, rue des treilles
Immeuble Mlle Fournier, rue des Treilles

Immeuble Place Marmottan
Immeuble Place Marmottan

Rue des Treilles vers 1934- La Maison de Maître Jules Appouchaux
La Maison de Maître Jules Appouchaux, rue des Treilles vers 1934

Scuptures de R. Largesse
Les sculptures de son ami R. Largesse dans la rue Ludovic Boutleux

Reconstruction du collège St Vaast après l’incendie en 1936

Léon Guthmann et Mr Picquart entrepreneur avec ses ouvriers sur le toit du collège

Le clocher du collège St Vaast ayant subi de gros dégâts, Léon Guthmann a obtenu après de longues discussions, de le couvrir de plaques de cuivre qui lui donnent toujours cette couleur verte caractéristique.

L’expert auprès du tribunal

En raison de sa compétence en matière de construction, de son sérieux, de ses qualités morales, de son sens de la conciliation, il va être inscrit sur la liste des experts près de la Cour d’Appel de Douai et ainsi être très souvent choisi comme expert par les tribunaux jusqu’en 1937, date de son départ pour Périgueux.

L’artiste

Léon Guthmann est architecte mais aussi un artiste. Il apprécie la sculpture notamment celle de son ami Largesse, mais il passe surtout une partie de ses loisirs à peindre.
Il n’est pas le seul à Béthune à s’exercer à cet art, son confrère architecte René Evard, le marbrier Adolphe Clipet, Helion le décorateur et marchand de meubles établi sur la grand place, suivent avec d’autres des cours dispensés par un artiste de Lille Achille Capliez. Guthmann, Evard et  Helion  seront admis au salon des Artistes Français et participeront à de nombreuses expositions sur la région.

Reproductions de quelques tableaux peints par Léon Guthmann

Tableaux de Guthman

La vie sociale

Les relations de Léon Guthmann ne se limitaient pas aux seuls amateurs de peinture. Avec son épouse et ses deux enfants, la famille Guthmann s’est vite intégrée à Béthune notamment avec ses voisins de la rue Gambetta et les béthunois du monde de la construction des affaires et des arts.
Il se lia d’amitié avec le chanoine Campagne, supérieur de l’institution St Vaast, ancien combattant valeureux de la guerre 1914 1918. Dès 1930 il possède une caméra et filme la Confrérie des Charitables lors des funérailles de l’archiprêtre de Béthune le Chanoine Pruvost.
C’est là qu’il côtoyait notamment Jules Appourchaux Député du Pas de Calais et sa famille pour qui il construira la maison de la rue des Treilles et de nombreuses familles de Béthune en villégiature.


Ce modeste article se veut un hommage rendu à un architecte qui a participé à cette belle aventure de la reconstruction de notre ville et qui a marqué de son talent la qualité de notre environnement qui fait l’attrait de notre cité.

André Delhaye


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Jacques Alleman

Jacques Alleman (1882-1945)

Parmi les architectes de la reconstruction, Jacques Alleman tient une place essentielle. Comme la plupart de ses confrères, il est étranger à notre ville. Il nous vient en 1919 de Bordeaux où il a vu le jour en 1882. Il y passe sa jeunesse dans le magnifique cadre de la place de la Bourse dont il restera imprégné. Son père y tient un commerce de bouchons pour les négociants bordelais du quartier des Chartrons.

Bordeaux - place de la bourse
Bordeaux – place de la bourse

Il vit dans une famille cultivée. Le grand oncle Jean François Blade, était le spécialiste de la collecte des traditions orales de la Gascogne. Sa jeune sœur Jeanne Marie décédée en 1938, était l’auteur de plusieurs romans qu’elle publiait sous le pseudonyme de son ancêtre Jean Blade.
Jacques Alleman pratique le dessin avec beaucoup de finesse et d’imagination. Il va fréquenter l’École des Beaux-Arts de Paris qui formait les architectes pouvant porter en fin d’études le titre de DPLG (diplômé par le Gouvernement). C’était l’époque où le titre d’architecte n’était pas réglementé. Les autres architectes portaient le nom « architecte agréé » . . . Il faudra attendre 1977 pour qu’une loi intervienne pour réglementer l’usage du titre.
Jacques Alleman finit ses études en 1909. Il va, dans un premier temps, s’installer à Lausanne sans que l’on puisse retrouver les traces du travail qu’il a pu alors y accomplir.
Puis vient la guerre de 1914-1918. Le sergent Alleman va servir dans le 418e Régiment d’Infanterie. Il va combattre à Ypres, Neuville-Saint-Vaast, Verdun dans la Somme et l’Aisne. Il reçoit la croix de guerre et diverses médailles pour honorer son attitude et son courage au combat.

Alleman à Béthune

Il est démobilisé le 4 mars 1919 et épouse Marie Lafon dont le frère est ingénieur à la Compagnie des Mines de Marles. Ses neveux André et Pierre Lafon se souviennent d’un oncle rêveur et distrait. L’étude de son œuvre démontre qu’en plus des qualités inhérentes à l’artiste, il a fait preuve d’une science aiguë de la technique et de l’organisation des chantiers ainsi que d’une capacité de travail et de créativité étonnantes.
Les régions dévastées attendent et attirent les architectes. Il convient de déblayer, d’établir les plans ordonnés par la loi Cornudet, plans d’aménagement, d’embellissement, d’extension, permettant aux communes de bénéficier des dommages de guerre. Pour les particuliers il est nécessaire d’établir un dossier comprenant un plan et une valeur en 1914 des immeubles détruits ou endommagés et éventuellement de calculer une indemnité de réemploi en cas de reconstruction ou de réparation. Enfin il faut reconstruire. Il y a beaucoup de travail pour les architectes.

photo de l'hôtel de villeJacques Alleman s’installe donc à Béthune. Il rencontre ses confrères DPLG, agréés des communes : Bocsanyi, Capelle, Gillon, Guthmann, Reynaut. Avec eux il ouvre un premier cabinet au « château du Perroy ».
En 1921 il ouvre un nouveau cabinet avec Gillon et Guthmann, place Marmottan à Béthune.
A l’époque, toutes les communes dévastées font appel à Louis-Marie Cordonnier le grand architecte vénéré, aussi bien dans la région, qu’au plan national et international, pour s’atteler à la reconstruction de leur cité.

C’est le cas de Béthune. Le maire Jules Senis est un fervent admirateur de Cordonnier et souhaite lui confier le rôle de coordonner les opérations et la reconstruction de l’église et de l’hôtel de ville.
Alleman considère avec beaucoup de respect Cordonnier ce chantre du régionalisme. Cette école recommande de construire avec le style et les matériaux de la région.
Le rôle de L.M. Cordonnier sera très important. Il conseille, il supervise. Il a un grand sens de l’organisation. Il va tenir un colloque pour inciter les autorités, les sinistrés, les architectes, les entrepreneurs à créer des sociétés coopératives de reconstruction par quartier. Un architecte référent sera chargé d’un secteur. Ces sociétés auront pour mission de régler différents problèmes afférents aux opérations de reconstruction : remembrement, financement, établissement des dossiers de dommages de guerre, coordination avec les différentes entreprises, établissement des projets de construction en relation étroite avec chacun des sinistrés. Un consortium des architectes permettra d’échanger et de créer une unité de vue de l’ensemble de la reconstruction.

Alleman et la Commission d’Esthétique.

Cordonnier préside la Commission d’Esthétique et va charger Gillon d’établir un plan d’ensemble de la Grand-Place et de ses abords. Gillon va laisser à Jacques Alleman le soin de faire le travail.
Avec une grande clarté, beaucoup d’enthousiasme Alleman va s’atteler à la tâche. Il va rendre sa copie. Après avoir examiné les caractéristiques de diverses places, sans oublier sa place de la Bourse à Bordeaux, il conclut : la place est un théâtre, c’est le cœur de la ville, là où les Béthunois et les visiteurs se rencontrent, là où se tiennent les marchés, les foires. Les immeubles des commerçants qui entourent la place doivent avoir des pignons qui cachent les toitures. Ces pignons doivent être décorés. Il insiste sur l’importance des balcons, des bow-windows et des saillies. Il recommande d’être à l’écoute des sinistrés qui doivent collaborer à la reconstruction de leur immeuble.

Facade de la grand-place

Pour Alleman, la place est un théâtre dont les pignons à redents et les pignons chantournés constituent le décor. Les architectes vont bien entendre ce message. Chacun va se voir attribuer un secteur et pourra, sur cette base, exprimer son style et ses talents.

Alleman adopte le régionalisme mais propose l’audace, la décoration, un art que l’on va appeler « Art Déco ». Il se réserve d’agrémenter à sa façon et avec beaucoup de liberté ses constructions.
Il est désigné pour la reconstruction du secteur allant de la rue Grosse tête à la partie de la Grand-Place jusqu’aux ruines de l’hôtel de ville.

Les constructions dans le secteur confié à Alleman

La grand placC’est alors que jaillissent sur la Grand-Place ces constructions aux pignons et aux balcons agrémentés de ferronneries et décorés de fresques dessinées avec grand soin. Jacques Alleman se soumet à l’obligation de respecter l’étroitesse des parcelles. Il travaille avec chaque sinistré propriétaire le plan de l’immeuble et les fresques parfois personnalisées.
Il parvient à donner à cette partie de la Grand-Place une extrême élégance que la sveltesse de certaines façades rend encore plus remarquable.

Balcons, Bow-windows
Dans son écriture architecturale, Jacques Alleman insiste sur l’importance des balcons, des bow-windows et des saillies

Il est surprenant de constater la variété des styles des divers immeubles construits par Alleman ;

Photo de l'immeuble OkadiL’immeuble Okaldi (ancienne librairie Fournier puis Pouillard-Logier et Daquin) va être remarqué lors du salon de 1925 qui officialise l’art-déco.
Ses lourdes colonnes, agrémentées de pommes de pin, qui encadrent l’entrée du magasin, sa tourelle surmontée d’un remarquable oiseau sorti de l’imagination de l’artiste, les petites pierres sculptées aux motifs ésotériques ont séduit et continuent à nous étonner, à nous charmer.

Photo de l'immeuble Armand Tierry
Immeuble Armand Thierry

L’immeuble Armand Thierry (anciennement Marchand puis ‘Thierry-Aine) qui a subi les outrages de travaux curieusement acceptés le défigurant, avait autrefois grande allure avec ses larges vitrines d’exposition du rez-de chaussée et du premier étage, avec son double escalier, avec les fenêtres de l’étage supérieur intégrées dans la toiture et son large balcon. Les derniers progrès en matière de confort y étaient réunis, un ascenseur desservant même les étages.

photo de l'immeuble Alfred CarpentierL’immeuble d’Alfred Charpentier, situé Avenue de Bruay, aujourd’hui presque complètement disparu, était une vaste bâtisse au confort moderne pour l’époque avec ses dépendances dont nous gardons la description dans l’article paru dans le journal « la Construction moderne » du 8 octobre 1927.

photo de l'immeuble au coin de la rue Grosse Tête
L’immeuble situé au coin de la rue Grosse tête et de la Grand-Place est construit sur un terrain très exigu.
Son style particulier et sa remarquable toiture s’allient néanmoins avec harmonie aux différents immeubles voisins.

Les plans de ces immeubles ont été analysés dans la revue «L’Architecture» du 15 avril 1933 qui ne manque pas d’exprimer l’admiration des spécialistes.

Le monument aux morts.

Monuments aux morts de béthuneComme dans toutes les communes la ville de Béthune souhaite édifier un monument aux morts. Le terrain est trouvé à l’angle de la rue Gambetta et de la rue Louis Blanc. Un concours est organisé. Jacques Alleman en est le lauréat avec le sculpteur Edgard Boudry. (Il en sera de même pour le monument aux morts de Lille). L’inauguration aura lieu en 1927. Le monument porte l’inscription « Aux morts Béthunois ».
En 1930, Me Boudry, conseiller municipal, demande que cette inscription soit modifiée. C’est ainsi que le monument portera la mention “aux morts pour la Patrie”.

L’Hôtel de Ville.

L’histoire de la reconstruction de l’Hôtel de Ville de Béthune est un feuilleton qui va se dérouler durant plusieurs années. En résumé,  sous la Municipalité de Senis, Cordonnier est désigné pour cette tâche. Ses projets sont acceptés puis refusés. Un concours est alors organisé par le nouveau conseil municipal présidé par le maire Ponelle en 1925. Jacques Alleman ne se verra pas accorder de prix, mais une simple prime spéciale. En définitive, après divers cheminements Alleman se voit en définitive confier la reconstruction avec son ami Edgard Boutry. Son projet est la suite logique des autres constructions nouvelles qui entourent l’Hôtel de Ville qui en devient le grand frère.

Hotel de ville de faceLe vaste balcon qui s’avance sur la place avec sa rampe en fer forgé, les colonnes qui portent les statues des deux sauvages, le pignon décoré des armes de la Ville et des décorations reçues et, tout en haut, la lanterne, font de ce monument un digne pendant de son ami et voisin le vénérable Beffroi.

escalier d'honneurL’intérieur de l’édifice avec l’escalier d’honneur, les vitraux, la verrière qui éclaire le double escalier permettant d’accéder à la salle monumentale du Conseil, les ferronneries, les mosaïques, est un chef d’œuvre de l’Art Déco.

Verrière de l'hotel de ville de béthuneVerrière de l'hotel de ville de béthune

La décoration et les signes de la Franc-Maçonnerie.
Alleman y ajoute comme dans la plus part de ses construction des signes de la Franc-Maçonnerie : le soleil et ses rayons, l’étoile et les astres, le navire qui décore la salle du Conseil, les cordes qui s’entrelacent, des cercles, des points, l’acacia et curieusement la coquille saint-jacques détourné du sens religieux mais qui rappelle le pèlerinage, le chemin, l’initiation pour parvenir à la vérité.

Motifs Franc-Maçon
Motifs Franc-Maçon

En 1940 Jacques Alleman va rejoindre sa ville natale de Bordeaux. Il reviendra à la Libération à Auchel. Tombé malade, il décédera à l’Hôpital St Sauveur à Lille le 31 octobre 1945 et sera inhumé au cimetière d’Auchel (carré 19).

Qui était Jacques Alleman

Un ancien soldat traumatisé par ce qu’il a Photo Jacques Allemanvécu, un travailleur acharné, un homme généreux, peu attiré par l’argent, souhaitant servir le bien-être de ses clients sinistrés, un pèlerin attiré par le compagnonnage, par la Franc-Maçonnerie et la religion de son enfance, en tous cas un artiste sensible, scrupuleux, consciencieux et recherchant toujours la perfection.
Voilà le modeste hommage rendu à un homme qui, par son talent, son enthousiasme et son travail a laissé à Béthune en héritage un trésor architectural qui mérite d’être admiré et respecté.

André Delhaye


Bibliographie.
Le journal « L’Architecture » du 15 avril 1933.
Mémoire d’Émilie Picavet.
Le journal « La Construction Moderne » du 9 octobre 1927.
Les archives municipales et les délibérations du Conseil Municipal de Béthune.


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Hubert Sherbourne

Hubert Sherbourne (1928-2002)

Photo Hubert SherbourneNé en 1828 à Lapugnoy, Hubert Sherbourne est scolarisé à Annezin où ses parents ont déménagé.
Il fait ses premières gammes à l’école de musique annezinoise.
Employé dans une entreprise d’affrètement fluvial, il mène aussi une carrière de musicien de bal.

Après un passage à la Lyrique des Cheminots, au lendemain de la Libération, le saxophoniste Hubert Sherbourne fonde les Merry Boys. L’orchestre fera danser Béthune jusque dans les années soixante-dix au Kursaal, boulevard Poincaré, un dancing ouvert avant la Première Guerre mondiale  où  les associations et diverses institutions organisent  des bals.

groupe les Merry Boys

disque des Merry Boy
Disque des Merry-Boy

Autour d’Hubert Sherbourne (saxophone), l’orchestre des Merry Boys comprend
Raymond Brassart (trompette),
Roger Duriez (contrebasse),
Robert Jacquest (batterie),
Adonis Ledent (piano),
Spartaco Nocenti et Gérard Thoilliez (saxophone).

Un chroniqueur des années soixante-dix compare la longue carrière des Merry Boys à celle des Compagnons de la Chanson : « L’orchestre du Kursaal  réunit  une équipe solide, de bons copains et de véritables musiciens heureux de faire du bon travail ».

 Son fils Frank a pris la relève en se produisant dans des comédies musicales.


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René Vantouroux

René Vantouroux (1899-1988)

Né en 1890 à Béthune, René Vantouroux  fait des études de musique à Paris. Photo de Rene VantourouxIl y obtient un premier prix de piano de l’école Niederrmeyer.

A son retour, il reprend un magasin de lutherie au 103, boulevard Degeorge (l’actuel boulevard Poincaré) où il vend des instruments et donne des cours de piano ainsi que de solfège. Il succède à son père Paul pour diriger l’Orphéon béthunois, une chorale d’hommes fondée en 1871 qui répète à la caserne des sapeurs-pompiers.

Adhérant à un mouvement musical et festif de masse, l’Orphéon organise des « soirées bachiques » où l’on consomme plus de bière que de vin . Dans les années trente tout Béthune se presse au Kursaal pour y assister. Selon la presse de l’époque, on y apprécie « la joie, le beau chant et une musique endiablée. »…
Le cercle choral défile sous une bannière, comme les harmonies, et participe à de grands rassemblements. Son triomphe au concours de Caen, en 1934, est le plus mémorable.

Orphéon Béthunois
Sur les marches du théâtre de Caen où l’Orphéon béthunois a remporté un concours international en 1934

En 1960, René Vantouroux se fixe à Vouvray où il poursuit ses activités musicales. Après-guerre, l’Orphéon devient une chorale mixte.


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Auguste Dubois

Auguste Dubois (1871-1943)

Auguste Dubois est né à Saint-Venant le 27 août 1871. Son grand-père, violoncelliste et chef de musique  avait été organiste à l’église de Saint-Venant pendant 63 ans. Le père d’Auguste était violoniste et exerçait la profession d’instituteur. Il initie son fils à la musique à l’âge de 5 ans… Auguste a appris le violon et le piano. Il entame ses études à Aire-sur-la-Lys et  les poursuit au collège Saint-Bertin de Saint-Omer.

Portrait Auguste Dubois

A l’âge de 20 ans, Auguste Dubois s’engage au 73e R.I. de Béthune. Il était déjà lauréat d’un 1er prix de piano et d’un 2e prix d’harmonie à l’Ecole Niedermeyer de Paris où il s’était inscrit après son frère aîné.

Il devient professeur au collège de jeunes filles de Béthune. Il y enseigne pendant 16 ans. Le dimanche, il tient les orgues de l’église Saint-Vaast. Il participe aux Conférences littéraires des demoiselles Devaux.

Auguste Dubois poursuit sa carrière à la tête de la Philharmonique d’Arras, puis à celle des Concerts Symphoniques de Tourcoing  avec lesquels il joue « Gloire au travail » devant le président de la République Armand Fallière. En 1908, il prend la direction de l’harmonie Fanien de Lillers.

Compositeur de « Impressions d’Artois », une œuvre créée au casino de Berck, de  « La Mine », de « Paysage minier », de « Chant funèbre » ou « La Lys de Saint-Venant », Membre de la Société des auteurs et compositeurs, Auguste Dubois a écrit de courtes pièces pour piano et mis en musique quelques poèmes.  Il a aussi transcrit  pour harmonies des partitions symphoniques.

Il est le grand-père  de Monique Morelli (née Dubois, Béthune 19/12/1923 – Montmartre 27/04/1993). Chanteuse au répertoire d’abord d’inspiration réaliste, devenue ensuite une anthologie de la chanson poétique en chantant Mac Orlan, Carco, Bruant…

Auguste Dubois est également le grand-père de la poétesse béthunoise Denise Duong, lauréate comme lui des Rosati d’Arras.

Dans l’entre deux guerres, il se fixe place Lamartine à Béthune, face au monument à la gloire du 73e!

Mais c’est à la tête de l’harmonie des Mines de Bruay, dès 1919, que Dubois remporte ses plus grands succès. Forte d’une centaine d’exécutants, la phalange des mineurs se déplace dans toute la France. Le 15 décembre 1929, son chef réputé  dirige l’une de ses œuvres au Trocadéro à Paris pour le lancement du film « Fumées ».

Auguste Dubois meurt à Béthune le 10 février 1943, deux ans après avoir perdu son fils Raoul mort en captivité en Silésie. Selon son désir, il sera inhumé à Saint-Venant, près des paysages où il avait puisé son inspiration.

Depuis 1947, une rue de Saint-Venant ,  jusque là appelée rue du Pas-de-Calais, porte son nom.


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Marcel Legay

Marcel Legay (1851-1915)

Affiche Marcel LegayJoseph, Arthur, Jacques Legay, dit Marcel Legay, est passé à la postérité sous le surnom de « barde chevelu ». On l’appelait aussi  le « fou sublime », le « chauve chevelu »…

Issu d’une famille de porions qui le destinait à l’art de tonnelier, Marcel Legay entre au Conservatoire de Lille. Il chante comme baryton au théâtre du Havre puis quitte la scène à cause de sa mauvaise vue, et vient à Paris en 1876. Il fréquente les caveaux, chante dans les rues ses propres chansons.

Le Chansonnier Legay au Cabaret « Les Noctambules »
Le Chansonnier Legay au Cabaret « Les Noctambules » par Georges Leroux, 1906

En 1891, Legay  est engagé à l’Eldorado, puis chante dans les cabarets de Montmartre et du quartier Latin. Avec sa longue redingote, sa lavallière négligée, Marcel Legay a créé un type…

dessin de Marcel LegayIl fut l’un des précurseurs des chansonniers de  Montmartre. Il chantait ses chansons dans la rue en s’accompagnant à l’harmonium bien avant que le premier cabaret s’installât sur la Butte. Le barde chevelu vendait ses œuvres 0,10 franc  à un public ouvrier. De la même génération qu’Aristide Bruant, il fut de la première équipe du « Chat Noir ». Legay a mis en musique de nombreux poèmes de ses contemporains.

Son chef d’oeuvre reste « Ecoute ô mon coeur », un hymne identitaire des chorales artésiennes, dont il a composé paroles et musique.

Marcel Llegay artiste montmartrois

 Quelques éléments de biographie :

 1851 : Marcel Legay, fils de Charlemagne Legay et de Floride Duquesnoy, voit le jour le 8 novembre 1851, au sein d’une famille de mineurs, à Ruitz.

1858 : Mort de sa mère. Ecole primaire à Fampoux, près d’Arras « c’est un très vieux air des bords de la Scarpe », chantera-t-il plus tard dans son succès populaire « Ecoute, ô mon coeur ».

1870 : engagé volontaire pendant la guerre franco-prussienne, il termine son service comme clarinettiste au 43e R.I. Démobilisé, il est admis au Conservatoire de Lille. Ses études achevées,  il débute comme baryton au théâtre du Havre dans « La Favorite » de  Donizetti.

1876 : Il arrive à Paris avec 2000 francs d’économies. Il se fait voler son magot. Il tente alors de gagner sa vie en chantant dans les rues et les cabarets.

1878 : il édite sa première chanson « L’heure du rendez-vous », puis il en compose bon nombre d’autres. Fréquentant Aristide Bruant, Alphonse Allais, il se produit dans les guinguettes et les cabarets. Sur la Butte, les salles de spectacle fleurissent. Le barde chevelu chante au Chat noir, au Lapin agile, aux Quat’z’arts, au Moulin de la galette…

1904:  il compose « Ecoute ô mon coeur », paroles et musique.

1915:  le 16 mars, Marcel Legay décède d’une crise foudroyante d’urémie à son domicile, 10 rue Mansart à Paris. Il est enterré au cœur de Montmartre, dans le vieux cimetière Saint-Vincent.

Marcel Legay par Léandre
Marcel Legay par Léandre


Écoute ô mon cœur : interprété par Louis Lynel (1942)

Le site officiel : Marcel Legay le site

La chaine Youtube : Les chansons de Marcel Legay
L’idée de cette chaîne est de faire revivre — et parfois vivre — l’œuvre musicale considérable du chansonnier Marcel Legay qui, s’il est aujourd’hui quasiment inconnu, fut en son temps (autour des années 1900) aussi célèbre que son confrère Artiste Bruant.

Info : Viens de faire paraître chez EPM un album 2CD qui regroupe 45 interprétations de chansons de Marcel Legay, enregistrées entre 1900 et 2020 : voici le lien : Album Chansons de Marcel Legay


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Charles Naninck

Charles Naninck (1860-1947)

FiPhoto de Naninckls d’un tailleur d’habits de Saint-Omer, Charles Naninck  est devenu Béthunois par une affectation militaire. En 1885,  cet officier premier prix de cornet à piston au conservatoire est nommé chef de musique au 73ème régiment d’infanterie. Il occupe le poste jusqu’en 1912.  Naninck s’illustre notamment en remportant en 1907 un concours militaire à Caen,  où le chef de musique du régiment béthunois termine premier ex-aequo  avec le futur chef de la musique de la Garde républicaine.

Monsieur Naninck  a dirigé la fanfare du 73ème depuis 1884, il continuera à le faire jusqu’en 1912. A l’époque de cette photo, il avait 45 ans.

Portrait de naninck

Photo de la musique du 73èm en 1899
La musique du 73ème en 1899, avec Charles Naninck au centre

Peut-être, certains reconnaitront-ils un de leurs ancêtres dans le groupe de musiciens. Faire son service militaire dans la musique était assez intéressant; on s’y perfectionnait et on était exempt de certaines corvées et exercices. En plus des concerts donnés au jardin public, il y avait aussi les sorties dans les villes environnantes : tel ce voyage à Estaires ; pour s’y rendre, les musiciens allèrent à la gare de Béthune s’embarquer dans le tramway de l’Artois. Étant donné les nombreux voyageurs, ce dernier était trop chargé et ne put monter la côte du boulevard Poincaré, les musiciens durent descendre et le pousser jusqu’à la place Clémenceau, ensuite la route descendait et le voyage se termina bien.

En 1932, il devient Président d’honneur de l’association des anciens musiciens du 73ème RI. Le maire de l’époque, Alexandre Ponnelle, exprime alors son admiration pour cet ancien élève du Conservatoire de Paris : « par votre talent incomparable, vous avez transformé sous votre baguette et amené au rang le plus élevé la musique du 73ème de ligne et tenu sous le charme pendant plus d’un quart de siècle la population béthunoise ».

défilé militaire

La musique du 73ème RI  défile dans le camp de Sissonne où le régiment est en manœuvre, en 1906. Ville de garnison, Béthune a beaucoup entendu de musique militaire, du règne de Louis XIV à la Troisième République. A la parade et dans les prises d’armes des cérémonies officielles, le clairon n’y sonne pas uniquement  derrière les murs des casernes. C’est sur la demande du régiment donnant régulièrement des concerts à la population civile que la municipalité a fait construire un  kiosque. Le maire Charles Dellisse-Engrand voulait l’ériger sur la place du Jeu-de-Paume (l’actuelle place Foch). Son successeur Oscar Dupuich a préféré le site du jardin public aménagé après le démantèlement des fortifications.

A sa retraite, Charles Naninck se fixe dans la rue  Marcellin-Berthelot où il donne des leçons particulières. Entre les deux guerres, « le capitaine à la baguette magique » devient chef de l’harmonie municipale, ce qui lui vaudra de se faire statufier au jardin public où il a si souvent dirigé.

Buste Naninck
Buste de Charles Naninck au jardin public


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