Philippe Decroix

Philippe Decroix (1919-1997) : Esthète et passionné

Sculpteur, tailleur de pierre, historien, collectionneur invétéré, Philippe Decroix était un passionné.

Homme de silences et de révoltes qui, une fois en marche. ne s’arrêtait plus. Mais aussi, discret et modeste, esprit curieux, il inspirait le respect.

Philippe Decroix naît à Neufchâtel-Hardelot le 5 Juin 1919. Quatrième d’une famille de sept enfants, il arrive tout jeune à Béthune où son père, avoué, a repris une étude.

Très tôt, il est attiré par le dessin et l’histoire, mais la guerre interrompt ses humanités. Engagé volontaire au 43è RI, il est fait prisonnier à Saint-Lô en 1940. Sa quatrième tentative d’évasion en janvier 44 le conduit à la clandestinité dans les ruines de Mannheim.

En 1947, il étudie la sculpture à Paris, fréquente les Bourraux, Chavenel, Lavilla, Henri-Georges Adam, Zadkine. On le voit aussi dans les ateliers de dessin à la Grande Chaumière et aux ateliers du soir à Montparnasse. En 1953-54 il s’initie à la taille de la pierre à Persan-Beaumont et sculpte ses premières sainte Barbe pour fond de mine, des bas-reliefs comme le Poseur de Voie pour Forbach.

Parmi ses œuvres, le mémorial du général Deligne à Houchin, le monument du docteur Capiaux à Barlin, des recherches sur les formes de l’eau pour des fontaines colorées et lumineuses…

Mais Philippe Decroix consacre principalement son temps à la sauvegarde du patrimoine régional. En 1970, il est l’instigateur à Béthune, de l’un des premiers musées des Arts et Traditions populaires, futur Musée Régional d’Ethnologie. Il contribue bénévolement au sauvetage des trésors du patrimoine comme la Chartreuse de Gosnay et surtout le manoir de l’Estracelles à Beuvry quasi reconstruit brique par brique. On lui doit aussi les fouilles du sous-sol de la Grand-Place de Béthune.

Conservateur Délégué des Antiquités et Objets d’Art du Pas-de-Calais en 1973, il succède en 1980 à Mgr Lestocquoy au poste de Conservateur Départemental des Antiquités et Objets d’Art du Pas-de-Calais. En 1985, il reçoit la croix de Chevalier des Arts et Lettres.

Philippe Decroix décède à Béthune le 17 juillet 1997.

(Source : 100 figures du Pas-de Calais édité par les Echos du Pas-de-Calais)

Citation :

“Il faut comprendre ce qu’est un bâtiment ancien pour saisir ce qu’est l’intérêt de ce tas de briques où le profane ne verra qu’un fantôme d’usine désaffectée. En fait, dans cet assemblage de matériaux divers selon un certain ordre, il y a une construction témoin d’une époque, d’un mode de vie, d’une architecture, d’un mode de construire, et les siècles, qui l’ont sensiblement modifié, n’ont rien changé à son ossature, ses structures, sa constitution intime. Il reste peu de vêtements, mais en faisant abstraction des trous, des rapiéçages, on retrouve l’habit tel qu’il fut dans sa nouveauté.

Le pire qu’il lui est arrivé n’est pas tant le vandalisme de ces dix ans passés, qui l’a troué de toutes parts, c’est plutôt les modifications d’ouverture, les transformations de mauvais goût, de sale économie, comme le manque de réfection des pignons à pas de moineau sur cour au passage couvert, le rétrécissement des baies avec la suppression du décor et de l’esprit qui avait bâti ce manoir aux XVème, XVIème et XVIIème siècles.

Là, on touche l’âme des bâtisseurs”

Philippe Decroix – 1975

Lien vers l’histoire de L’Estracelles : Le Manoir de l’Estracelles